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Les événements de Lampedusa "soulignent tragiquement la nécessité d'une politique européenne de l'immigration globale, solidaire et équilibrée, le contrôle des frontières extérieures ne constituant qu'un des éléments de cette politique", a indiqué samedi le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders dans un communiqué. 

Exprimant sa profonde tristesse, le vice-premier ministre belge a ajouté que l'Union devait "prévenir la répétition de tels drames notamment en luttant plus fermement contre les réseaux criminels qui exploitent la détresse des migrants, en développant des programmes permettant d'améliorer les conditions de vie dans les régions d'origine, et en renforçant son dialogue et sa coopération avec les pays d'origine et de transit".

Les pays européens doivent "vite" se réunir pour trouver la "bonne réponse" après le dramatique naufrage, a estimé pour sa part le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault

Selon le chef du gouvernement français, "c'est un drame terrible, qui ne peut que soulever notre compassion, notre solidarité, mais au-delà des mots, je crois qu'il est important que l'Europe se préoccupe de cette situation particulièrement dramatique".

Parti des côtes libyennes, un bateau clandestin chargé de 450 à 500 migrants en majorité érythréens a coulé après un incendie accidentel jeudi à l'aube, non loin des côtes de Lampedusa. Les secouristes n'ont réussi à sauver que 155 personnes, ce qui ferait de ce naufrage le pire drame de l'immigration des dernières années.

Le Premier ministre italien Enrico Letta a demandé à l'Union européenne "d'accroître son niveau d'intervention" alors que l'Italie a connu un afflux de 30.000 migrants et réfugiés sur ses côtes depuis le début de l'année.

Le ministre italien de l'Intérieur Angelino Alfano a, lui, appelé à changer les règles européennes qui "font trop peser sur les pays d'entrée le fardeau de l'immigration clandestine" et à surveiller davantage les côtes de Tunisie et de Libye d'où partent les clandestins.


Recherches des migrants suspendues

Les autorités envisageaient samedi de renflouer le bateau de migrants qui a fait naufrage jeudi à Lampedusa avec un bilan estimé de 300 morts, alors que les recherches ont été suspendues pour cause de mauvais temps.

Une mer agitée par des vents de force 4 empêchait les plongeurs de poursuivre la macabre récupération des cadavres, dont seulement 111 ont été repêchés tandis que 155 personnes ont été sauvées.

"Il y a une obligation juridique et morale à récupérer tous les corps. Des centaines de familles attendent des nouvelles", a expliqué à l'AFP Leonardo Ricci, porte-parole de la police douanière sur l'île.

Une des hypothèses seraient de "remonter l'épave", selon M. Ricci, "les prochaines immersions (de plongeurs) serviront aussi à voir comment faire".

L'épave git à environ 550 mètres de la première côte et par 40 mètres de fond. "C'est une horreur en bas, des dizaines de corps peut-être des centaines. Ils sont empilés les uns sur les autres", a témoigné un plongeur.

Il se pourrait que le bilan de la tragédie, le pire drame de l'immigration en Italie depuis 1996 (283 morts), ne puisse jamais être établi.

Selon Ignazio Gibilaro, un autre responsable de la police douanière, "plus le temps passe, moins il est probable qu'on trouve les corps de ceux qui se trouvaient en mer" et ont été emportés par les courants.

Quatre chalutiers se sont rendus sur le lieu du naufrage samedi: une couronne a été lancée au son des sirènes. Salvatore Martello, président du consortium des pêcheurs, s'est révolté, devant des journalistes de l'AFP, contre le soupçon que des bateaux de pêche aient ignoré les appels de détresse des naufragés.

"Un vrai marin ne laisse jamais personne dans l'eau", a-t-il dit en rappelant que les pêcheurs de Lampedusa, plus proche de l'Afrique du nord que du reste de la Sicile, "sont habitués à sauver les vies" des migrants.