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Le chef du gouvernement italien Enrico Letta a appelé samedi l'Union européenne à mettre en oeuvre "immédiatement" Eurosur, système de surveillance des frontières de l'UE avec les pays de la Méditerranée, sur la radio française Europe1

"On ne peut pas continuer comme ça", a lancé Enrico Letta, au lendemain d'un nouveau naufrage d'un bateau de clandestins au large des côtes italiennes et maltaises, huit jours après celui qui avait coûté la vie à plus de 350 personnes près de l'île de Lampedusa.

"Je pense qu'avec les instruments qu'on a mis sur la table jusqu'à maintenant il n'y a pas la possibilité de trouver des solutions efficaces au drame qu'on est en train de vivre", a-t-il dit en réitérant son appel pour que le Conseil européen des 24 et 25 octobre se saisisse du sujet.

"Il faut qu'on mette en marche immédiatement Eurosur, il faut que chaque pays soit mis en condition de faire son travail", a-t-il dit. "Il faut qu'il y ait d'avantage de moyens pour surveiller la Méditerranée, et aussi qu'il y ait les conditions pour que les bateaux et avions qui ne sont pas italiens ou maltais ou grecs puissent faire leur travail sans avoir de problèmes juridiques".

Le Parlement européen a donné jeudi son aval à la mise en place en décembre d'Eurosur, un système de surveillance des frontières de l'UE avec les pays de la Méditerranée destiné à prévenir les mouvements de migrants.

"On est dans une situation dans laquelle tout ce qui est en train de se passer en Afrique du nord, en Erythrée, Somalie, Syrie, fait que l'on est devant une urgence réelle", a ajouté M. Letta. "Le grand problème aujourd'hui c'est la quasi explosion de la situation libyenne", a-t-il insisté.

Le président malien prône un sommet sur l'émigration

Les naufrages meurtriers de migrants au large de Lampedusa "sont d'une horreur particulière et inadmissible", a estimé le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, en prônant la tenue d'un sommet sur l'émigration "pour conjurer de nouvelles tragédies".

"Si les événements récents au large de Lampedusa sont d'une horreur particulière et inadmissible, c'est - chaque année - un millier de jeunes Africains, dans la force de l'âge, qui terminent leur rêve d'eldorado dans la Méditerranée, dans la mer Rouge ou dans le Sahara", a affirmé M. Keïta dans une déclaration transmise samedi par la présidence malienne à l'AFP à Dakar.

Le 3 octobre, un bateau de migrants majoritairement originaires d'Erythrée a fait naufrage au large de l'île italienne de Lampedusa. Le bilan provisoire est de 359 morts, selon les médias italiens samedi. Il y a eu 155 rescapés.

Vendredi après-midi, un autre bateau de migrants a fait naufrage au sud de Malte et de Lampedusa avec à son bord environ 230 réfugiés. Samedi, 143 rescapés sont arrivés à La Valette, selon un correspondant de l'AFP. Selon le président malien, "la tragédie" des naufrages de migrants "a provoqué chez toutes les bonnes consciences la même indignation".

"Je voudrais en appeler à un sommet international sur l'émigration, pour un dialogue inclusif entre les pays de départ et les pays d'accueil, et pour que les responsabilités désormais assumées permettent de conjurer de nouvelles tragédies liées à l'émigration. Le Mali en serait avec toutes les bonnes volontés du monde, y compris et en tête le Souverain pontife (le pape François, ndlr), l'Union Africaine, les pays de la Méditerranée et l'Europe", a-t-il déclaré.

"Le temps est venu de la réflexion et de l'action profonde, pour résoudre définitivement l'équation de l'émigration, en passe de devenir une des plus grandes crises de notre civilisation", réflexion pour laquelle les dirigeants africains sont "particulièrement interpellés", a-t-il ajouté.

Pour ce faire, a-t-il estimé, les ressources de l'Afrique devraient être utilisées "à bon escient", la corruption devrait être vaincue et les jeunes mis au travail notamment. "Toutefois, l'Afrique, seule, ne peut s'en sortir. Elle a besoin de solidarité. Pas de solidarité apparente, concédée par acquit de conscience. Mais de solidarité substantielle, voire impérative, à la dimension des défis que l'Afrique doit surmonter pour ne plus être le problème des autres mais leur solution", a précisé M. Keïta, en visite officielle samedi en Guinée équatoriale d'après son entourage.

Le président malien assistait aux festivités marquant le 45e anniversaire de l'indépendance de cette ex-colonie espagnole d'Afrique centrale.

Ban Ki-moon demande des mesures

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon souhaite que la communauté internationale prenne des mesures pour éviter la répétition de naufrages de migrants tels que celui de Malte, a indiqué samedi son porte-parole Martin Nesirky. Selon le porte-parole, M. Ban est "profondément attristé" par ce naufrage, qui a fait des dizaines de victimes et il "demande à la communauté internationale dans son ensemble d'agir pour prévenir la répétition de telles tragédies".

M. Ban souhaite en particulier "des mesures qui traitent les cause profondes (de ces naufrages) et qui soient centrées sur la vulnérabilité et le respect des droits de l'homme des migrants", a-t-il ajouté.

Un naufrage au sud de Malte a coûté la vie vendredi à des dizaines de migrants, en majorité syriens, huit jours après la mort près de Lampedusa (Italie) de 359 personnes qui fuyaient la Corne de l'Afrique.