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Pour ses adversaires et la majeure partie de la classe politique, ce n'était plus qu'une question de temps. Le Brésilien Eduardo Cunha, ancien président de la Chambre des députés, a été arrêté, mercredi en début d'après-midi, par la police fédérale à Brasilia. En parallèle, les forces de l'ordre ont perquisitionné son domicile, dans une résidence de Rio de Janeiro.

Soupçonné d'avoir caché plus de 5 millions de dollars en Suisse

Mis en cause dans le scandale Petrobras, qui fragilise toute la classe politique brésilienne depuis près de deux ans, Eduardo Cunha avait été mis en examen plus tôt dans le mois pour corruption et blanchiment d'argent. Il est notamment soupçonné d'avoir touché des pots-de-vin à l'occasion de l'achat par la compagnie brésilienne d'un champ pétrolifère en Afrique, à hauteur d'1,4 millions d'euros.

Pour justifier cette décision de détention provisoire "pour une durée illimitée" , Sérgio Moro, le juge en charge de l'enquête "Lava-Jato" ("lavage express") sur l'affaire Petrobras, a souligné que "la liberté de l'ex-parlementaire représentait un risque pour l'instruction du procès, pour l'ordre public, en plus d'une possibilité concrète de fuite en vertu de la disponibilité des ressources cachées à l'étranger, en plus de [sa] double nationalité".

A la fois Brésilien et Italien, Eduardo Cunha est en effet soupçonné par les enquêteurs de toujours posséder des comptes secrets en Suisse, alimentés par des pots-de-vin. Les procureurs ont aussi souligné que l'ancien président de la Chambre des députés "apparaît dans plusieurs autres enquêtes en lien avec des crimes de corruption et de blanchiment d'argent", ce qui justifie son arrestation. Eduardo Cunha est aussi accusé d'avoir caché plus de 5 millions de dollars en Suisse, issus de versements frauduleux dans le cadre d'autres contrats de Petrobras.

Le tombeur de Dilma

Par ailleurs, avant et après la cassation de son mandat par la Chambre des députés en septembre dernier, par 450 votes contre 10, l'ancien parlementaire aurait agi à plusieurs reprises, en coulisses, pour gêner le travail des enquêteurs. Aujourd'hui très isolé, Eduardo Cunha avait été sous les feux de la rampe lorsque, en décembre dernier : alors qu'il était encore président de la Chambre des députés, il avait accepté, triomphant, d'ouvrir le processus "d'impeachment" contre la présidente brésilienne Dilma Rousseff. Député ultra-conservateur, représentant de l'aile dure du centriste Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), Eduardo Cunha avait été un allié de la chef d’État avant de faire peser sur elle, pendant plusieurs mois, la menace de la destitution. C'est lorsque des députés du Parti des travailleurs (PT) de Dilma Rousseff, avaient annoncé qu'ils voteraient en faveur de cassation du mandat d'Eduardo Cunha au Conseil d'éthique de la Chambre, que ce dernier était finalement passé à l'acte.

Toujours en liberté, la femme d'Eduardo Cunha, Claudia Cruz, est elle-aussi mise en examen pour blanchiment d'argent. Elle aurait en effet utilisé les pots-de-vin reçus par son mari pour acheter des bijoux de luxe à l'étranger. Une des filles d'Eduardo Cunha fait aussi l'objet d'une enquête dans le cadre de l'affaire Lava-Jato. Les principaux intéressés nient les faits.