Egypte: le casse-tête du second tour

Jacques Goditiabois-Deacon Publié le - Mis à jour le

International Correspondant au Caire

Le premier tour des élections présidentielles en Egypte pose nombre de questions.

Tout d’abord celle du score extrêmement serré entre le premier, le radical islamiste Mohamed Morsi, et son suivant, le général Ahmed Chafik, dernier Premier ministre de Hosni Moubarak, favori de l’armée et de la minorité copte, qui le talonne avec moins... d’un demi pour cent de différence. Une surprenante troisième place est obtenue par le gauchiste nassérien Hammedine Sabbahi.

On note ensuite que les favoris des sondages sont les grands absents du résultat final du premier tour. Ainsi Aboul Foutouh, l’islamiste libéral, arrive quatrième et celui qui devait être son challenger, l’ancien secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, se retrouve en cinquième place. On fait remarquer que Aboul Foutouh et Amr Moussa sont les seuls candidats à s’être livreés au difficile exercice du face à face télévisuel; celui-ci leur a-t-il été fatal politiquement?

On s’interroge aussi sur le chiffre étonnamment bas des électeurs qui se sont déplacés: moins de 50%, selon certaines sources.

Si, dans l’ensemble, ces élections se sont bien déroulées, on regrette cependant des "contraintes", comme les qualifie l’ancien président américain Jimmy Carter, venu en observateur de cette présidentielle à la tête d’une délégation. "Je dirais que, pour moi, ces élections ont été encourageantes", a-t-il dit. Un bémol cependant: "Nous n’avons pas les moyens de certifier que l’ensemble du processus était convenable" - et d’expliquer que sa délégation n’avait pas été autorisée à observer le dépouillement dans les centres régionaux.

Mais la grande question qui se pose maintenant, c’est le report des voix au second tour. C’est l’objet de toutes les conversations .

Toutes les options sont ouvertes, mais posent problème. Pour nombre de votants de Sabbahi ou Amr Moussa, il est difficile, voire impossible, de voter pour Morsi, qui représente un radicalisme islamique difficilement acceptable pour eux, malgré des déclarations apaisantes et prometteuses de ce dernier, qui jure qu’il "fera front pour poursuivre les objectifs de la révolution".

Il n’est pas plus envisageable, pour ceux qui ont voté pour Sabbahi, de donner leur voix à un homme qui représente ce contre quoi ils ont fait la révolution. Ahmed Chafik a beau répéter qu’il sauvegardera les acquis de la révolution, rien n’y fait. "Je tends la main à tous les Egyptiens. Je suis disposé à dialoguer avec tous les dirigeants de toutes les forces politiques... Je me range au côté du peuple..." Il semblerait que le message passe difficilement.

Les seuls à n’avoir rien retiré de cette élection sont les jeunes révolutionnaires, qui semblent passablement perturbés et pour qui la révolution n’est pas terminée. L’un d’eux reconnaissait: "Il faudra sans doute encore une génération pour atteindre nos buts...".

Cela risque d’être d’autant plus long que, comme le fait remarquer un quotidien égyptien, "entre un cheikh et un général, le pays devrait désormais choisir entre deux candidats aux options radicalement différentes, mais non portés par les idéaux révolutionnaires".

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