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L'attentat qui a fait 24 morts dimanche dans une église du Caire frappe durement les Coptes d'Égypte et embarrasse le régime d'Abdel Fattah al-Sissi, véritable cible des agresseurs selon des experts.

Cette attaque est "un coup dans le coeur de l'Égypte", a déclaré lundi le chef l'Église copte, le pape Tawadros II, au cours des funérailles des victimes tuées la veille dans l'église Saint-Pierre et Saint-Paul du Caire.

Le président Sissi lui-même s'est rendu à une cérémonie funéraire officielle au Caire.

L'attentat n'avait toujours pas été revendiqué lundi. Et le groupe extrémiste Hasm, qui a revendiqué deux autres attentats vendredi contre des policiers, a rejeté toute implication dans celui contre l'église copte.

Mais les experts s'accordent à dire que l'attentat donne du fil à retordre pour le gouvernement, à plusieurs titres.

En premier lieu, selon Victor Salama, professeur à la faculté de Sciences politique de l'université du Caire, c'est le soutien de l'Église copte au gouvernement qui est visé.

"La revendication politique des islamistes pourrait être de dire qu'on fait payer aux Coptes leur soutien à la destitution des Frères musulmans (en juillet 2013, ndlr)", explique cet expert.

C'est aussi l'opinion d'Abdallah al-Sennawi, éditorialiste du journal privé al-Chourouq, qui estime que l'attentat est "une sorte de vengeance" contre les Coptes.

Déjà ciblés à plusieurs reprises depuis la destitution de l'ancien président islamiste Mohamed Morsi, les Coptes représentent une cible facile.

Depuis l'été 2013, au moins 42 églises ont été attaquées, dont 37 incendiées ou endommagées, ainsi que des dizaines d'écoles, de maisons et de commerces appartenant à des Coptes, affirme Human Rights Watch. L'ONG accuse les forces de l'ordre d'avoir été absentes lors de ces attaques confessionnelles.

"Il y a une violence qu'on ne voit pas, qui est omniprésente contre les Coptes, et qui est endémique notamment en Haute-Egypte", affirme M. Salama.

"Violence endémique" 

L'attentat contre l'église laisse par ailleurs apparaître les faiblesses de l'appareil répressif tout puissant de l'État égyptien.

"Il est une claque pour le gouvernement. L'Église copte est chrétienne certes mais c'est une institution égyptienne qui a été détruite avec 12 tonnes d'explosifs avec la plus grande facilité", estime M. Salama.

Pour M. al-Sennawi, l'attaque "révèle l'absence d'une réelle stratégie pour lutter contre le terrorisme et le laisser-aller des services de sécurité".

"Le problème, selon lui, c'est que l'intervention des services de sécurité dans la vie publique entame son efficacité dans la lutte contre le terrorisme. De telles attaques risquent de se répéter si le rôle des services de sécurité n'est pas reconsidéré", prédit-il.

Enfin, en visant le gouvernement, l'attaque sert aussi la stratégie des groupes islamistes qui cherchent à compromettre toute opportunité de redresser l'économie et le tourisme.

Comme au moment de l'attentat, revendiqué par le groupe État islamique (EI), contre l'avion de la compagnie russe Metrojet en octobre 2015 qui avait fait 224 victimes dans le Sinaï, c'est la capacité de l'État à instaurer un climat stable pour le tourisme et l'économie qui est visée.

Vendredi, deux attentats à la bombe ont provoqué la mort de six policiers au Caire et d'un passant au nord de la capitales, avant d'être revendiqués par le groupe Hasm.

Mais celui de dimanche a un impact bien plus important car, "en visant les chrétiens, son retentissement à l'étranger sera beaucoup plus large", estime Hazem Hosni, professeur de sciences politiques à l'université du Caire, l'attentat "a visé les chrétiens et son retentissement à l'étranger sera beaucoup plus large".

Malgré ces éléments d'explication, M. Hosni reste prudent et conclut que "l'objectif de cette attaque ne sera connu vraiment que si les fomenteurs de l'attentat sont identifiés ou s'ils le revendiquent".