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Angela Merkel à Munich, Martin Schulz à Berlin : la chancelière et son concurrent principal ont encore tenté, vendredi soir, de mobiliser leurs troupes et de séduire les indécis.

À première vue, Angela Merkel n’a pas trop de souci à se faire

La chancelière fait irrémédiablement la course en tête. L’Union chrétienne-démocrate (CDU) et son alliée, l’Union sociale-chrétienne bavaroise (CSU), sont créditées de 34 % des voix, selon un dernier sondage réalisé pour "Bild", loin devant le parti social-démocrate (SPD), pronostiqué à 21 %.

Tout avait pourtant bien commencé pour l’ex-président du Parlement européen, "qui avait su, dès sa nomination, redynamiser le SPD", note le politologue Hans Stark. En février et mars derniers, sa popularité était à son comble, dépassant largement celle d’Angela Merkel. Mais il a commis plusieurs erreurs. Il a fait peur en envisageant de former une coalition de gauche plurielle, avec les Verts et Die Linke. Puis il a fort mal géré les trois élections régionales du printemps.

Martin Schulz, qui continue à se voir chancelier, n’a pas non plus réussi à capitaliser sur le thème de l’injustice sociale, dans un pays en croissance où le chômage est au plus bas depuis sa réunification. Si le SPD, actuellement au gouvernement avec la CDU/CSU, "a pu marquer de son empreinte la politique gouvernementale, avec notamment l’introduction du Smic et d’une retraite minimum en Allemagne", il "n’a guère su tirer bénéfice de son rôle de correctif social, jugé sans doute insuffisant par son électorat toujours traumatisé par les réformes sociales Hartz", explique Hans Stark. Leurs conséquences - paupérisation de la population et accroissement de la différence de revenus entre riches et pauvres - se font durement sentir par une petite frange de la population qui s’est tournée vers Die Linke à l’extrême gauche ou l’Alternative pour l’Allemagne à l’extrême droite.

Angela Merkel n’a du coup guère "eu besoin de mener campagne, et encore moins de répondre aux interrogations de Martin Schulz".

À deuxième vue, Angela Merkel a du souci à se faire

La course à la troisième place, qui garantit des postes en vue à l’assemblée et un rôle de leader de l’opposition, pourrait être remportée par l’AfD (13 %). "Chaque nouvelle journée de campagne est une bonne journée pour les populistes de droite", constate "Der Spiegel". Mais les libéraux (FDP), annoncés à 9 %, Die Linke (11 %) et les Grüne (8 %), espèrent également rafler la mise. Ce qui compliquera la tâche d’Angela Merkel lorsqu’elle cherchera à former sa coalition, le retour des libéraux aux affaires et l’arrivée de l’AfD ayant pour conséquence de morceler le Bundestag.

La chancelière a d’ores et déjà exclu de gouverner avec les deux extrêmes. Avec qui alors ? Si l’on s’en tient aux derniers sondages, il lui sera impossible de former une alliance avec les seuls libéraux ou les seuls verts. Et une tripartite "jamaïcaine" sera compliquée à sceller pour des raisons de fond. L’option la plus simple sur le papier, et synonyme de continuité dans la politique allemande, serait de reconduire une grande coalition avec les sociaux-démocrates. Mais le SPD, en pleine crise existentielle, pourrait cette fois choisir de se ressourcer dans une cure d’opposition plutôt que de continuer à vivre dans l’ombre d’Angela Merkel par sens du devoir.

A l’issue de cette campagne électorale gagnée d’avance par la chancelière sortante, le suspense se révèle plus intense qu’il n’y paraît.