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À DAVOS

Emmitouflés dans des doudounes, des pardessus bleus ou gris, les plus pressés se dirigent vers des limousines. Direction l'aéroport de Zurich. Chaque année c'est la même scène: des global leaders plus pressés que d'autres tentent de quitter leur «campement» de Davos dans la précipitation. A l'intérieur du Palais des Congrès, là où plus de 2000 participants (en grande majorité des patrons), viennent de passer cinq jours à cogiter sur l'avenir de la planète, les retardataires prolongent les discussions. Au menu des échanges, le bilan de cette nouvelle édition du Forum économique mondial (WEF), créé il y a 34 ans.

Fine moustache, derrière ses lunettes cerclées, un jeune banquier allemand décèle une évolution: «Cette année, le forum de Davos n'a pas été marqué par la panoplie de certitudes qui le caractérisait jusqu'à il y a encore trois ou quatre années». «C'est vrai, lui répond le ministre de la Santé du Mozambique, nous entendons maintenant à Davos, ce qui se dit depuis des années à l'Onu, ou dans d'autres enceintes d'institutions internationales. Mais où sont les actes?»

Il y a encore peu, Davos n'avait d'yeux que pour les entreprises. Confiants dans le libéralisme, les participants considéraient syndicalistes, ONG et autre intellectuel de gauche comme des empêcheurs de tourner en rond du capitalisme. Mais la fin de «l'e-euphorie», des scandales financiers à répétition, et la déconfiture économique de certains pays émergents ont mis en sourdine la superbe davosienne. Mis à part l'attrait évident pour la Chine et l'Inde, les participants au Forum économique mondial ont baissé d'un ton dans leurs discussions.

«Plus personne ici n'ose dire que, puisque c'est le business qui sauvera le monde, il ne faut pas gêner le business, explique un participant. Responsables d'entreprises et politiques sont bien obligés d'admettre certains dysfonctionnements de la mondialisation». Comme celui d'une finance globalisée, souvent pris en exemple à Davos, notamment par le Nobel d'économie, Joseph Stiglitz.

Participant samedi à une table ronde, il a pu dénoncer les méfaits d'une finance globale sans garde-fous, devant un parterre de patrons, sans être contredit. «Ces considérations n'auraient jamais eu droit de cité ici, il y a encore peu, estime le directeur général de l'Organisation internationale du travail Juan Somavia. Car avant, Davos était trop occupé à faire du business pour s'angoisser».

Les organisateurs de Davos avaient retenu comme thème central du forum «Partenariat pour la sécurité et la prospérité». Et il n'a pas été seulement question de terrorisme. Ainsi, Kofi Annan, et bien d'autres encore, n'ont eu de cesse d'expliquer aux représentants du monde économique et financier les liens de causalité entre l'insécurité économique et le manque de prospérité.

La nécessité d'une nouvelle régulation mondiale est ressentie par un nombre croissant de participants. «Mais il y a des clivages, et c'est aussi pour ça que Davos doute», explique Steven Davis, professeur au Canada. D'un côté les volontaristes, qui plaident pour de nouvelles règles du jeu qui permettraient de redistribuer de la richesse entre pays ou de mieux réguler des marchés financiers. De l'autre, les libéraux, toujours prompts à défendre les mécanismes de l'autodiscipline.D Libération

© La Libre Belgique 2004