En Irak, les rêves nés du Printemps arabe ont tourné court

AFP Publié le - Mis à jour le

International

Il y a près d'un an, des manifestations inspirées du Printemps arabe avaient ébranlé le gouvernement irakien: mais aujourd'hui divisé et sous intense pression des autorités, le mouvement de protestation n'est plus que l'ombre de lui-même.

Le 25 février 2011, des milliers d'Irakiens étaient descendus sur la place Tahrir à Bagdad, exigeant plus de démocratie et des services décents. Si les rassemblements ont continué chaque vendredi, ils n'attirent désormais plus qu'une centaine de personnes au mieux.

"L'élan que nous avions en février 2011 n'est plus là", admet Kamal, un organisateur de manifestations qui préfère ne pas donner son nom de famille.

"Nous sommes plus faibles qu'il y a un an, et plus divisés", note-t-il."Je ne veux pas dire que nous avions tort. Nous n'étions pas réalistes", ajoute-t-il.

A la différence des manifestants de Tunisie et d'Egypte qui ont réclamé et obtenu la chute de leurs dirigeants, les Irakiens avaient surtout des exigences d'ordre pratique: l'électricité, l'eau, dont l'approvisionnement demeure calamiteux, moins de corruption et des emplois.

Quinze personnes avaient été tuées dans des affrontements avec la police. Le Premier ministre Nouri al-Maliki avait par la suite joué l'apaisement en subventionnant la nourriture et le carburant et en promettant des mesures dans un délai 100 jours.

Mais cette échéance passée, le 10 juin 2011, aucun progrès notable n'était visible et les ministres mis en cause étaient toujours là. Quant aux manifestations qui ont marqué l'expiration du délai, elles ont constitué un tournant, selon les protestataires.

Pour la première fois depuis le début du mouvement, les partisans du régime étaient les plus nombreux place Tahrir et une dizaine d'entre eux ont violemment agressé des manifestants.

"Le 10 juin a vraiment été un tournant", indique Samer Muscati, un collaborateur de l'ONG Human Rights Watch. "La plupart des gens à qui nous parlons se sont rendu compte après cela qu'il fallait qu'ils prennent leur sécurité au sérieux".

Les autorités de leur côté "se sont rendu compte qu'il s'agissait là d'une façon plus efficace de s'occuper les protestataires", souligne-t-il. Dans d'autres cas, ils ont eu recours à un mélange d'aides financières et de menaces auprès de certains manifestants afin de les décourager et de semer la zizanie dans le groupe, affirment Kamal et Samer Muscati.

HRW a vivement critiqué dans son rapport annuel l'attitude des autorités irakiennes face aux manifestations de 2011, dénonçant la glissade vers "l'autoritarisme" d'un pays qualifié d'"Etat policier en devenir".

L'ONG Reporters sans frontières a de son côté déploré les attaques subies par les journalistes durant les manifestations. Et rappelle que l'assassinat en septembre d'Hadi al-Mehdi, un journaliste de radio critique envers le gouvernement, demeure impuni à ce jour.

Les autorités pour leur part démentent toute répression. "Les manifestations ont démarré avec des requêtes logiques", indique le conseiller médias du Premier ministre, Ali Moussaoui.

"Je ne dirai pas que nous avons répondu à toutes mais les gens dans les rues pensent à présent que le gouvernement est sérieux", estime-t-il. "Le nombre de manifestants a diminué. Ceux qui le font appartiennent à des partis politiques et ne représentent pas les Irakiens".

Hayder Hamzoz, activiste et blogueur de 23 ans qui dit avoir été attaqué deux fois par des officiers de sécurité en civil lors de manifestations place Tahrir, se déclare optimiste.

"Je ne suis pas déprimé, je crois que le peuple peut changer les choses, grâce à ce qui s'est passé dans d'autres pays arabes", dit-il, reconnaissant toutefois "qu'il faut du temps".

Pour décrire l'Irak d'aujourd'hui, Hamzoz et ses amis utilisent le néologisme "démotature", contraction des mots arabes pour démocratie et dictature.

Publicité clickBoxBanner