International Le gouvernement "n’approuve" pas le blocage de la messagerie Telegram, a-t-il dit.

Le président iranien Hassan Rohani a critiqué la décision de la justice de son pays de bloquer l’accès à la messagerie cryptée Telegram, très populaire en Iran. "Le blocage et le filtrage récents de Telegram n’ont pas été mis en œuvre par le gouvernement, et le gouvernement ne les approuve pas", a-t-il publié samedi sur son compte Instagram.

La justice iranienne a ordonné lundi à tous les opérateurs téléphoniques et fournisseurs d’accès à Internet de bloquer totalement l’accès à Telegram, qui revendique 40 millions d’utilisateurs en Iran, soit l’équivalent d’un Iranien sur deux. Téhéran reproche à cette messagerie cryptée d’héberger des groupes d’opposition armés ou violents et de ne pas coopérer avec les autorités en matière de lutte antiterroriste. Telegram avait entre autres servi à organiser les manifestations de janvier, qui avaient constitué le plus important mouvement de protestation dans le pays depuis la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad en 2009.

Hassan Rohani a ainsi donné une nouvelle illustration du clivage existant entre la voie modérée et d’ouverture prônée par son gouvernement et la ligne dure poursuivie par les ultraconservateurs qui dominent les institutions judiciaires et sécuritaires.

Telegram a ainsi rejoint Facebook et Twitter sur la liste des services censurés en Iran. Ils restent pourtant accessibles aux utilisateurs qui recourent aux réseaux privés virtuels (logiciel VPN).

Les libertés individuelles sont très réglementées dans cette République islamique qui préfère les limiter au prétexte de promouvoir des valeurs musulmanes - dont celle, centrale, de la vertu - mais surtout parce que ces libertés sont considérées comme des menaces pour le pouvoir des mollahs.

Cette question fait régulièrement l’objet de passes d’armes entre les factions modérées (ou réformatrices) et conservatrices. Il y a une quinzaine de jours, le président Rohani avait déjà critiqué le rôle de la police des mœurs après la publication d’une vidéo montrant un des agents de celle-ci violenter une femme qui n’avait pas respecté le code vestimentaire en vigueur en Iran, probablement en laissant dépasser une mèche de cheveux de son hijab, le foulard que les femmes sont contraintes de porter.

"La promotion de la vertu ne marchera pas en utilisant la force", avait déclaré le Président. Avant de préciser, alors que se profilaient de nouveaux blocages de services et réseaux sociaux étrangers, que "les téléphones portables sont la façon de promouvoir la vertu et d’interdire le vice". "Je ne sais pas pourquoi certaines personnes n’aiment pas les portables ou les réseaux sociaux, avait expliqué le Président. Elles n’aiment pas que les gens aient accès à l’information. Elles pensent que si les gens vivent dans une ignorance totale, elles dormiront mieux la nuit." Or, avait-il insisté à l’adresse évidente des conservateurs, "être informé, c’est un droit […] Critiquer, c’est un droit […] Laissez les gens vivre".