International

Biram Dah Abeid, militant mauritanien de la lutte contre l’esclavage, vient d’achever une tournée européenne. Le président de l’ONG Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), couronné en 2013 du prestigieux prix des droits de l’homme de l’Onu, veut sensibiliser la société civile et les élus belges et européens "sur le danger qui couve dans la sous-région du Sahel, à partir de la crise mauritanienne".

L’esclavage "commandement de Dieu"

Les Européens, a déclaré le descendant d’esclaves à "La Libre Belgique", ne s’intéressent pas beaucoup à cette crise parce que l’UE est le premier partenaire économique de la Mauritanie et que celle-ci collabore à la lutte contre les djihadistes. "Or, le gouvernement mauritanien est le vivier d’un dangereux obscurantisme islamiste, souligne Biram Dah Abeid. Le président Mohamed Ould Abdel Aziz s’est allié aux islamistes mauritaniens pour gouverner; il a décidé de rétablir la peine de mort et le crime d’apostasie. Il accuse les abolitionnistes et les militants des droits de l’homme d’être des ennemis de l’islam et alimente l’extrémisme confessionnel." Le Grand Mufti de la République, le président du Haut Conseil de la Fatwa, le ministre des Affaires islamiques appellent impunément le public à tuer Biram Dah Abeid parce que le prix de l’Onu est donné par "des Juifs", parce que sa lutte contre l’esclavage en fait un apostat "puisque l’esclavage est un commandement de Dieu".

M. Dah Abeid, qui se revendique "musulman, croyant et pratiquant", souligne que la version mauritanienne du Coran se base sur un code du XIe siècle, le "Ghalil", qui appuie l’esclavage et énumère les mauvais traitements qu’il est "licite" de faire subir à ses esclaves. "Ce texte n’est reconnu ni par l’Arabie saoudite, ni par le Pakistan, ni par l’université al-Ahzar."

L’Afrique doit lutter contre cet apartheid

L’IRA, qui se bat pour la fin de l’esclavage, lutte aussi pour les droits des descendants d’esclaves, victimes de ségrégation en Mauritanie.

La tournée européenne de Biram Dah Abeid suit deux autres, l’une aux Etats-Unis, où il a reçu des prix pour sa lutte contre l’esclavage, et en Afrique "pour appeler les pays qui ont tant lutté contre l’apartheid d’Afrique du Sud à se battre contre ce qui se passe en Mauritanie. Là se poursuit une autre traite, la traite arabo-musulmane. Des esclaves mauritaniens sont amenés, aujourd’hui encore, dans les pays du Golfe. Toute la diaspora noire dans le monde arabe en souffre parce que la perception que le Noir, c’est l’esclave, n’y a jamais été remise en cause. Les Africains se sont focalisés contre le Blanc colonisateur et raciste; il est impensable qu’ils ne fassent rien - par solidarité continentale, tiers-mondiste et confessionnelle - contre l’oppression des Noirs en Mauritanie, par un gouvernement adepte du nationalisme arabe local, qui voit les Noirs comme un danger. Les élites africaines doivent mettre fin à cette indignation sélective".