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En plein débats parlementaires sur le Brexit, les députés sont priés de ne pas s'absenter et de participer aux votes... quitte à venir au Parlement avec leurs bébés.

Pour que les nouveaux parents n'aient plus à se déplacer en personne pour voter, des députés de tous bords politiques ont convoqué un débat pour réclamer de pouvoir voter par procuration. Il sera organisé jeudi à la Chambre des Communes.

L'élu travailliste Darren Jones a fait l'expérience de ces séances parlementaires, bébé sous le bras. Appelé à voter sur la loi qui met officiellement fin à l'adhésion du Royaume-Uni à l'Union européenne, il s'est présenté à la Chambre des Communes avec sa fille Ophelia.

"Elle a dormi pendant toute la séance", raconte le député à l'AFP.

Quand les députés ont voté pour autoriser le gouvernement à déclencher l'article 50 afin de lancer la procédure de sortie de l'Union européenne, la députée Chloe Smith, membre du Parti conservateur, a interrompu son congé maternité pour se rendre au Parlement accompagnée de son bébé Alistair.

"C'était un moment historique, et ce sera un privilège de pouvoir dire un jour à mon fils qu'il était là", dit-elle.

Elle avait hésité à amener sa progéniture mais a reçu le soutien du président de la Chambre des Communes, John Bercow. "Ne soyez pas gênée, le bébé est le bienvenu ! Il n'y a aucun problème", l'a-t-il rassurée.

Mais nombreux sont ceux qui pensent que les députés ne devraient pas avoir à venir au Parlement avec leurs enfants et militent pour que les nouveaux parents puissent voter par procuration.

"C'est un petit changement mais il aurait un grand impact et moderniserait la Chambre des Communes", déclare à l'AFP l'ancienne secrétaire d'Etat travailliste Harriet Harman.

Elle a eu trois enfants dans les années 1980, alors qu'elle était députée, et l'ambiance était à l'époque très différente.

"J'ai été accusée de cacher mon bébé sous mon manteau", se rappelle-t-elle, évoquant des réactions "horribles" et "hostiles". En fait, "je n'avais pas encore perdu le poids pris pendant la grossesse". Elle estime qu'elle "n'aurait pas dû aller voter du tout".

Congé parental indemnisé 

Au Royaume-Uni, les députés n'ont pas droit à un congé parental indemnisé, contrairement à leurs compatriotes, et Harriet Harman est à l'initiative d'une autre proposition pour leur accorder six mois de congés.

Elle relève qu'il y a aujourd'hui plus de 200 femmes sur 650 députés de la Chambre des communes, dont 17 ont eu des enfants depuis 2010. Au moins deux autres sont actuellement enceintes.

Les hommes seront aussi concernés par cette motion, ainsi que les parents d'enfants adoptés.

Au Parlement, où le gouvernement conservateur de Theresa May ne dispose que d'une majorité fragile depuis les élections législatives de juin, chaque vote compte.

Dans le passé, des députés pouvaient se reposer sur un système informel de "jumelage": les députés de partis rivaux s'accordaient tous les deux pour manquer un vote, annulant ainsi les conséquences de leur absence. Mais cela demande des négociations et l'accord des "Whips", les députés chargés de faire respecter la discipline au sein des partis, un accord qu'ils risquent de ne pas donner lorsqu'il s'agit d'un vote crucial.

La motion examinée jeudi n'est pas contraignante mais si elle est acceptée, elle montrerait que les autorités parlementaires sont enclines à faire évoluer les règles.

Le président de la Chambre des Communes a déjà oeuvré pour rendre le Parlement plus adapté aux parents, en revoyant les heures de séance et en ouvrant une crèche aux horaires tardifs.