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Amputé de deux ministres connus, populaires et issus de la société civile, Nicolas Hulot et Laura Flessel, l'exécutif Macron remanié mardi perd en éclat mais se consolide sur sa ligne politique.

En choisissant le président de l'Assemblée François de Rugy, un fidèle au profil plus classique, pour le poste de numéro 3 du gouvernement, Emmanuel Macron réduit le danger de possibles tiraillements internes qui avaient marqué le bref passage de Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique, soulignent des analystes.

L'ancien animateur écolo de TF1 et Laura Flessel étaient deux des rares figures connues et appréciées des Français dans un gouvernement marqué par de nouvelles têtes et des profils souvent "technos".

L'ex-championne d'escrime, partie mardi pour "raisons personnelles", en plein arbitrages budgétaires, caracolait dans les classements de popularité des ministres, malgré un passage jugé discret par les acteurs du monde du sport. Avec un profil proche, la nageuse Roxana Maracineanu, médaillée d'argent aux JO de Sydney et conseillère régionale, a sans doute le CV pour la remplacer poste pour poste.

La situation est nettement différente pour François de Rugy : avec le président de l'Assemblée nationale, le chef de l'Etat choisit un jeune ministre (44 ans) mais un routier de la vie politique, passé d'EELV à LREM via la primaire de la gauche à l'élection présidentielle.

"Rugy, c'est le recroquevillement de la politique écologique, une énorme erreur mais en même temps un signal très clair : le choix de la tranquillité", glisse un sceptique dans la majorité.

"Homme de main de Macron" 

Si Nicolas Hulot jouissait d'une réputation plus consensuelle au sein des écologistes français, François de Rugy n'a pas que des amis parmi ses anciens camarades de parti d'EELV, comme la députée européenne Michèle Rivasi, qui l'a dépeint mardi en "homme de main de Macron".

Mais en choisissant un fidèle et en évitant un profil trop éloigné de la ligne gouvernementale, comme Dany Cohn-Bendit, Emmanuel Macron évite l'écueil d'un "casting", selon la politologue Chloé Morin, d'Ipsos.

"Le pire pour Emmanuel Macron aurait été un casting qui cherche, en débauchant ici et là quelques symboles, à donner des signaux à différents segments électoraux, sans cohérence avec la ligne du gouvernement, comme avait pu le faire François Hollande", selon l'analyste.

C'est d'ailleurs ce que le chef de l'Etat et M. Cohn-Bendit s'étaient dit durant le week-end, lorsque "Dany Le Rouge" avait été reçu à l'Elysée : avec leurs désaccords, par exemple sur l'immigration, sa nomination aurait été "une fausse bonne idée".

Autre pressenti au poste, Pascal Canfin, ancien ministre de François Hollande qui avait déjà claqué la porte gouvernementale avec Cécile Duflot en 2014, affichait lui aussi de plus grands risques de divergences politiques.

L'"ajustement" pratiqué mardi a pour "maîtres mots la constance et la cohérence", reconnaît une source gouvernementale : "on ne cherchait pas un clone de Nicolas Hulot".

Après une rentrée difficile marquée par des hésitations politiques, comme le prélèvement à la source, et un ralentissement économique, le plus important pour le chef de l'Etat, au plus bas dans les sondages, va au-delà des nominations gouvernementales : rassurer "sur son volontarisme, sa capacité à savoir où il va et à relancer la machine économique", juge Chloé Morin.

En matière d'environnement, la nomination de Rugy permettra-t-elle de rassurer sur la détermination d'Emmanuel Macron à être l'un des nouveaux champions du climat ?

Pas considéré comme un ardent défenseur de l'écologie par M. Hulot, le Premier ministre Edouard Philippe, invité du 20H de TF1 mardi, devra convaincre que le gouvernement garde ses ambitions les plus vertes.

"Faire de la politique, c'est aussi tenir compte des réalités. Si la France est la seule à avoir une vision jusqu'au boutiste sur le climat, on n'obtiendra rien", juge déjà une ministre.

Dans sa valise d'écolo, François de Rugy pourra, lui, faire valoir qu'il a fait partie de ceux qui ont poussé à l'abandon de l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, ou son récent combat pour l'inscription de la lutte contre le dérèglement climatique dans la Constitution.