International

Depuis le début du conflit en Syrie en 2011, les forces en présence, et en particulier celles du régime de Bachar al-Assad, ont été accusées à de nombreuses reprises d'avoir eu recours à des armes chimiques.

Damas brandit la menace

Le 23 juillet 2012, le régime reconnaît pour la première fois posséder des armes chimiques et menace de les utiliser en cas d'intervention militaire occidentale, mais pas contre sa population.

Le 20 août, le président américain Barack Obama affirme qu'avoir recours à de telles armes ou même les déplacer reviendrait à franchir une "ligne rouge".

Gaz sarin près de Damas

Le 21 août 2013, les forces du régime attaquent dans la Ghouta orientale et à Mouadamiyat al-Cham, des secteurs près de Damas et aux mains des rebelles. L'opposition accuse le régime d'avoir eu recours à des gaz toxiques, ce qu'il dément.

Fin août, les Etats-Unis affirment avoir la "forte certitude" que le régime est responsable de cette attaque qui a fait selon eux au moins 1.429 morts, dont 426 enfants.

Le 16 septembre, l'ONU publie un rapport selon lequel des "preuves flagrantes" de l'utilisation de gaz sarin ont été trouvées.

Mais deux jours auparavant, la signature d'un accord américano-russe à Genève sur le démantèlement de l'arsenal chimique de la Syrie a repoussé la perspective de frappes envisagées par Washington et Paris pour "punir" le régime.

Chlore, Gaz moutarde

Le 10 septembre 2014, les enquêteurs de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) confirment que le chlore a été utilisé en tant qu'arme chimique de manière "systématique et répétée" à Kafr Zeta (province de Hama, centre), Al-Tamana et Tal Minnis (province d'Idleb, nord-ouest).

Fin août 2016, une commission d'enquête de l'ONU et de l'OIAC, baptisée Joint Investigative Mechanism (JIM), conclut que des hélicoptères militaires syriens ont répandu du gaz de chlore sur au moins deux localités de la province d'Idleb, à Talmenes le 21 avril 2014 et Sarmine le 16 mars 2015.

Le JIM accuse le groupe jihadiste Etat islamique d'avoir utilisé du gaz moutarde à Marea (province d'Alep, nord) le 21 août 2015.

Le 21 octobre 2016, un rapport du JIM conclut que l'armée syrienne a mené une attaque à l'arme chimique, sans doute du chlore, à Qmenas (province d'Idleb) en mars 2015.

Khan Cheikhoun

Le 4 avril 2017, un raid aérien frappe Khan Cheikhoun, petite ville contrôlée par des rebelles et des jihadistes dans la province d'Idleb, faisant 83 morts selon l'ONU, au moins 87 dont plus de 30 enfants selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Selon des médecins sur place, les symptômes relevés sur les patients sont similaires à ceux constatés sur des victimes d'une attaque chimique.

Dans la nuit du 6 au 7 avril, 59 missiles de croisière Tomahawk sont tirés par deux navires américains en Méditerranée vers la base aérienne syrienne d'Al-Chaayrate (centre).

Le 29 juin, l'OIAC confirme que du gaz sarin a bien été utilisé lors de l'attaque, sans toutefois pointer des responsables.

Le 26 octobre, les experts de l'ONU et de l'OIAC estiment que le régime de Damas est bien responsable de l'attaque. Moscou rejette ces conclusions.

Le 8 novembre, Washington, Paris, Londres et Berlin affirment qu'une attaque présumée au sarin survenue cinq jours avant l'attaque de Khan Cheikhoun "porte les marques du régime syrien".

Veto russe

Les 16 et 17 novembre, la Russie fait usage à deux reprises de son droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU pour bloquer le renouvellement du mandat des experts internationaux du Joint Investigative Mechanism.

Le régime accusé d'une nouvelle attaque

Le 22 janvier 2018, l'OSDH indique qu'au moins 21 cas de suffocation, concernant notamment des enfants, ont été rapportés dans la ville de Douma, enclave rebelle assiégée, située à l'est de la capitale.

Le 13 janvier, une attaque similaire avait déjà visé la périphérie de Douma, selon l'OSDH, qui avait rapporté "sept cas de suffocation".

30 pays mobilisés à Paris contre le régime syrien

Une trentaine de pays vont lancer une initiative mardi à Paris, en présence du chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson, afin de poursuivre les responsables d'attaques chimiques en Syrie et riposter ainsi à un veto russe à l'ONU.

Cette conférence ouvrira une nouvelle séquence diplomatique sur la crise syrienne avant la reprise des pourparlers de l'ONU jeudi à Vienne et le Congrès de paix initié par la Russie le 30 janvier à Sotchi.

Elle se tiendra alors que le régime de Bachar al-Assad a été accusé lundi d'une nouvelle attaque chimique contre une enclave rebelle de la Ghouta orientale, à l'est de Damas. Les Etats-Unis ont dans la foulée critiqué le manque d'influence de la Russie sur son allié syrien.

La conférence sera suivie à Paris par une réunion sur la Syrie, une démarche conjointe des chefs de la diplomatie américaine Rex Tillerson et française Jean-Yves Le Drian

"Il y aura des pays de la région, mais en très petit nombre, au niveau ministériel", a-t-on indiqué dans l'entourage de M. Le Drian, alors que le président français Emmanuel Macron plaide depuis des mois pour la création d'un groupe de contact sur la Syrie, réunissant les cinq membres du Conseil de sécurité de l'ONU (P5) et des pays de la région.

Rex Tillerson et Jean-Yves Le Drian devaient s'entretenir en fin de matinée avant d'ouvrir à 14H00 (13H00 GMT) la conférence contre l'impunité de l'utilisation d'armes chimiques.

Concrètement, les représentants de 29 pays vont s'engager à partager des informations et à établir des listes de personnes impliquées dans l'utilisation d'armes chimiques, en Syrie, où la guerre a fait plus de 340.000 morts depuis 2011, mais aussi ailleurs dans le monde.

'On ne les lâchera pas' 

Cette initiative, lancée par Paris, intervient après un double veto russe au renouvellement du mandat d'experts internationaux sur l'emploi d'armes chimiques en Syrie.

"Aujourd'hui la situation est bloquée au niveau le plus élevé de la communauté internationale", le Conseil de sécurité de l'ONU, déplore-t-on dans l'entourage de Jean-Yves Le Drian.

"Il faut que les auteurs d'attaques chimiques sachent qu'ils peuvent être poursuivis et qu'on ne les lâchera pas!", ajoute-t-on.

La France a ainsi décrété mardi des gels d'avoirs contre 25 entités et responsables d'entreprises syriens mais aussi français, libanais ou chinois soupçonnés "d'alimenter le programme syrien de conception et réalisation d'armes chimiques", précise-t-on de même source.

Il s'agit d'importateurs et distributeurs de métaux, d'électronique et de systèmes d'éclairage, selon deux arrêtés publiés dans le Journal officiel.

Aucun responsable du régime n'est en revanche visé. "Nous n'avons pas aujourd'hui d'éléments permettant d'engager cette démarche au niveau des autorités politiques syriennes", concède-t-on au Quai d'Orsay.

Au moins 130 attaques chimiques ont été perpétrées en Syrie entre 2012 et 2017, selon une évaluation française.

Les enquêteurs de l'ONU et de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) ont conclu à la responsabilité du régime syrien dans quatre d'entre elles, dont l'une au sarin a tué au moins 80 personnes le 4 avril 2017 à Khan Cheikhoun.

Pas les Russes seuls 

La Russie, qui soutient militairement le président syrien Bachar al-Assad, accuse de son côté les enquêteurs de partialité. Le groupe jihadiste Etat islamique (EI) est aussi soupçonné d'avoir utilisé du gaz moutarde en Syrie et en Irak.

La Russie est aussi à la manoeuvre avec une initiative de paix, associant Iran et Turquie, qu'elle espère concrétiser le 30 janvier à Sotchi alors que les pourparlers sous l'égide de l'ONU piétinent.

Les Etats-Unis ont annoncé de leur côté le 17 janvier que l'armée américaine resterait en Syrie jusqu'à ce que l'EI soit totalement vaincu mais aussi pour contrer l'influence iranienne et aider à chasser Bachar al-Assad.

La France, deuxième contributeur à la coalition anti-EI sous commandement américain, souhaite aussi jouer un rôle dans le processus de paix.

"Les Russes ne peuvent pas régler seuls la crise. La Syrie devra un jour être reconstruite et leurs moyens n'y suffiront pas", a lancé lundi Jean-Yves Le Drian.

© AFP