Enregistrements de Merah: fortement critiquée, TF1 se justifie

AFP Publié le - Mis à jour le

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TF1 a diffusé pour la première fois dimanche, dans son émission "Sept à Huit", une partie des enregistrements audio où l'on entend le "tueur au scooter" dialoguer avec des policiers les 21 et 22 mars, alors qu'il est retranché dans son appartement, et expliquer d'un ton posé ses crimes comme ses projets criminels à venir.

"Nous sommes des journalistes, notre travail, c'est d'informer (...). Toutes les rédactions du monde travaillent pour sortir des informations", a expliqué à l'AFP Catherine Nayl, directrice de l'information du groupe, au lendemain de la diffusion de ce document qui a provoqué l'indignation des proches des victimes de Merah. Ceux-ci sont désormais prêts à saisir la justice pour empêcher toute diffusion.

"On comprend parfaitement le choc et la violence pour les familles des victimes d'entendre la voix de celui qui a assassiné un des leurs", a expliqué Mme Nayl. Cependant, a-t-elle estimé, le document diffusé dimanche a été fait d'une façon "absolument pas sensationnaliste". "Il a été fait de manière journalistique, pierre après pierre."

Ces extraits contenaient "des informations très importantes sur la façon dont les hommes du Raid ont négocié", affirme-t-elle. "Je pense que ce document prouve que, jusqu'au bout de l'assaut, les négociateurs ont essayé d'arrêter Mohamed Merah, et de l'arrêter vivant", a poursuivi Mme Nayl. "On comprend aussi dans ce document que Mohamed Merah, avec un sang-froid et une détermination absolus (...), s'est construit un personnage".

Le document commence avec la voix de Merah qui s'élève le 21 mars au matin, quelques heures après l'échec du premier assaut du Raid. "Je suis quelqu'un de déterminé, je n'ai pas fait ça pour me laisser faire attraper, t'as vu", lance-t-il. Durant les 32 heures du siège, qui s'est terminé par la mort de Merah, ce dernier raconte ses contacts avec Al Qaïda, décrit les actions qu'il envisageait ou son style de vie "fashion": "Ca fait partie de la ruse, tu vois".

Le président du CSA "choqué"

L'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la "police des polices", a été chargée de mener une enquête administrative et une enquête pénale sur la diffusion de ces enregistrements. Des extraits de l'émission repris par le JT de TF1 ont été coupés sur le site internet de la chaîne.

"Quand nous passons le document sur notre antenne sur LCI, nous maîtrisons ce document, nous savons comment nous le diffusons. Dès l'instant où un document se retrouve sur internet, malheureusement, il peut être encapsulé, découpé à des fins de propagande ou de manipulation", a fait valoir lundi sa directrice de l'information. Interrogée par l'AFP, la SDJ de TF1 a affirmé n'être "pas choquée" par la diffusion de ce document.

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a déconseillé aux chaînes de rediffuser les extraits en question. Sur Europe 1, son président, Michel Boyon, s'est dit "profondément choqué", jugeant "pas acceptable qu'on puisse se moquer ainsi de la douleur des familles". "S'il y a matière pour le CSA à intervenir, notamment par la voie de sanctions, nous le ferons, sans hésiter", a-t-il ajouté.

Face à la menace qu'on retrouve sur internet les images des crimes de Merah qu'il a lui-même tournées, Michel Boyon a averti: "Que ceux qui voudraient diffuser ces images se tiennent sur leurs gardes". Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Richard Prasquier, a de son côté jugé "justifiée" la colère des familles, estimant "insupportable" d'"entendre cet assassin plastronner".

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