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Vêtu d'un treillis et hilare, le président turc Recep Tayyip Erdogan applaudit un chanteur qui vient d'improviser un morceau au son d'une clarinette, tandis qu'assis à côté, le chef de l'armée turque sourit timidement, pendant qu'un soldat prend un selfie derrière lui. Cette scène, qui s'est déroulée dimanche lors d'une rencontre à la frontière syrienne entre M. Erdogan accompagné de célébrités turques et des militaires participant à l'offensive d'Ankara contre une milice kurde en Syrie, déchaîne les passions en Turquie. A tel point que le porte-parole de M. Erdogan, Ibrahim Kalin, est monté au créneau jeudi pour balayer les critiques, affirmant que le but de cette "belle visite" était "de soutenir nos militaires, de maintenir leur moral élevé".

Le chef de l'opposition, Kemal Kiliçdaroglu a vivement dénoncé cette opération de communication qui s'est déroulée dans la province de Hatay, frontalière de la Syrie, s'attirant en retour les foudres du gouvernement et des stars concernées.

"Des tambours, des hautbois, des clarinettes, des chansons, et j'en passe", a déploré mardi M. Kiliçdaroglu, qui dirige le Parti républicain du peuple (CHP), ajoutant que le "sang" des 52 militaires turcs tués à ce jour dans le cadre de l'offensive d'Ankara en Syrie n'était "même pas sec". "Les artistes d'un pays ne devraient jamais courber l'échine devant un dictateur (...) Les artistes ne défendent pas la guerre, mais la paix", a-t-il ajouté.

Parmi les célébrités turques ayant accompagné M. Erdogan, figurent le chanteur Ibrahim Tatlises, la "diva" Ajda Pekkan, l'acteur Necati Sasmaz et des sportifs, comme le footballeur Gokhan Gönül ou l'ex-star de NBA Hidayet Türkoglu.

Dans une lettre ouverte publiée mercredi, ces stars ont rejeté les critiques sur leur visite qui visait à soutenir, selon elles, "nos braves soldats qui ont perdu des frères d'armes".

Ankara mène depuis le 20 janvier une offensive dans la région d'Afrine (nord-ouest de la Syrie) contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG). Cette opération militaire, baptisée "Rameau d'olivier", s'accompagne en Turquie d'une couverture médiatique à sens unique et d'une répression contre toute voix critique de l'offensive : plusieurs centaines d'internautes et des étudiants ont ainsi été écroués.