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Ceux qui espèrent que cet ouvrage évoque la lutte abolitionniste d’aujourd’hui - alors que l’esclavage existe toujours, voire se développe, dans certains pays d’Afrique ou du Proche-Orient - seront déçus. "La révolution abolitionniste" s’intéresse exclusivement à l’histoire de cette idée, que l’auteur juge essentiellement occidentale.

Car si "jamais l’esclavage n’est allé de soi. Sinon les hommes n’auraient pas ressenti la nécessité d’inventer autant d’arguments afin de le légitimer", l’idée abolitionniste dans le monde reste longtemps une "renonciation" individuelle à l’esclavage ou une critique de cette institution, plutôt qu’une lutte pour faire disparaître cette pratique. En Afrique de l’Ouest, il n’y eut qu’une lutte pour abolir l’esclavage de musulmans, conduisant paradoxalement "à une extension sans précédent de l’esclavage dans la région".

Ayant souligné que les Eglises chrétiennes peinèrent longtemps "à se prononcer officiellement contre l’esclavage", l’auteur situe le tournant à la fin du XVIIIe siècle : "c’est lorsque de petits groupes d’individus d’Europe et d’Amérique conçurent que les règles valables pour eux - et notamment l’idée de liberté individuelle - devaient l’être partout, et par conséquent exportées, que naquit l’abolitionnisme".

Différents courants y ont vu une lutte pour ce qui était juste et éthique, fruit des Lumières en France, du protestantisme en Angleterre. D’autres, une attitude utilitariste pour défendre des intérêts économiques. D’autres encore le fruit de la révolte des esclaves, même s’il n’y en eut que trois grandes dans l’histoire de l’humanité : Spartacus en 73-71 avant J.C.; les Zendjis du Bas-Irak en 869-883; et l’indépendance d’Haïti - seule victoire de ces combats.

L’auteur détaille l’histoire de l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis, en France, au Royaume-Uni, en Europe du nord et centrale ainsi que dans le monde ibérique - le Brésil étant le dernier à le supprimer en 1888. Il étudie les arguments des abolitionnistes et de leurs adversaires, universalisme des droits de l’homme contre utilitarisme. Il clôture enfin en se demandant si les abolitionnistes ont été "les fourriers de la colonisation", à l’exemple du roi Léopold II, question à laquelle l’auteur entend apporter une réponse "nuancée", en fonction des époques étudiées.

--> "La révolution abolitionniste", par Olivier Grenouilleau. Ed. Gallimard - Bibliothèque des histoires, 502 pp. 24,50 euros.