Et si on jouait à la guerre ?

Caroline Grimberghs Publié le - Mis à jour le

International Dans la colonie juive de Gush Etzion, au sud de Jérusalem, certains n’ont pas peur de titiller le cynisme. Caliber3, camp d'entraînement pour professionnels, offre une "expérience touristique unique et excitante" : apprendre à tirer "comme de vrais soldats, connaître les techniques terroristes et apprendre à y faire face."

Quand on lui parle de cynisme, Sharon Gat, responsable du projet, tombe presque des nues : "Les touristes viennent en Belgique pour manger du chocolat, n’est-ce pas ? Ici, c’est pareil : ils viennent en Israël pour vivre le genre d’expérience que nous proposons", lâche-t-il à LaLibre.be.

Décrivez-nous l’initiative en quelques mots.

Caliber3 est une académie de contre-terrorisme et de sécurité dont l’essentiel du travail consiste en l’entrainement et en la formation de forces spéciales mais nous organisons aussi des sessions touristiques. Ce projet a vu le jour il y a 4 ans et attire chaque année près de 5000 participants d’un peu partout dans le monde, essentiellement des Etats-Unis. On leur enseigne des choses très basiques : le mouvement du corps, le maniement d’armes de petits calibres, les positions de tirs, etc. Ils assistent à des démonstrations impressionnantes de nos formateurs et peuvent ensuite s’entraîner à tirer avec des armes et de véritables munitions.

Quelles sont les motivations des touristes qui viennent dans votre camp d’entraînement ?

La première raison qu’ils invoquent, c’est qu’ils veulent s’amuser. Je ne sais pas si vous avez déjà fait usage d’une arme à feu, mais cela procure vraiment des sensations. La deuxième raison, c’est la volonté de côtoyer de près des soldats qui dédient leur vie à leur pays et au contre-terrorisme. Vous pouvez aller dans un stand de tirs n’importe où mais ici, vous rencontrez des vrais soldats de combat. Les touristes nous disent souvent avoir été véritablement bouleversés par l’expérience et qu’il s’agissait du ‘point culminant’ de leur voyage en Israël. On accueille des juifs bien sûr, mais aussi des chrétiens, et même des musulmans.

Quel témoignage vous a le plus marqué ?

Un homme de 83 ans est venu expérimenter le programme avec son petit-fils. A la fin, je l’ai vu pleurer. Je lui ai demandé pourquoi et il m’a répondu : "J’étais à Auschwitz pendant la guerre. Je n’ai pas pu célébrer ma ‘bar mitzva’ à l’époque parce que nous n’étions pas en sécurité, personne ne nous laissait vivre notre vie. Et de voir mon petit-fils en sécurité, cela me rend tellement fier de mon pays". Après tant d’humiliation, si vous trouvez cela cynique, vous avez sans doute besoin d’aller voir un psy...

Comprenez-vous que certaines personnes puissent trouver cynique de ‘jouer à la guerre’ dans un pays en conflit depuis tant d’années ?

Je peux tout comprendre mais il y a encore 70 ans, les juifs étaient en danger de morts uniquement parce qu’ils avaient du sang juif. Alors, parler de cynisme, je refuse ! Venez voir et vous verrez à quel point les valeurs israéliennes sont représentées ici. Venez et vous verrez qu’Israël est devenu un pays fort, puissant, capable de protéger sa population. C’est ça l’objectif de l’initiative : montrer au monde la force de ce pays. Je ne suis pas politicien, je ne m’encombre pas de savoir si cela abîme l’image de Gush Etzion. Je le fais parce que je crois que c’est bien et je ne vois pas ce qu’il y a de cynique à montrer notre capacité à, désormais, protéger notre peuple.

Savez-vous comment ce genre d’initiative est perçu par la population palestinienne ?

Non (silence)... Je ne sais pas mais ce que je sais c’est que mes amis palestiniens ne trouvent rien à y redire. Pour le reste, je ne sais pas.

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