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Cette semaine , "La Libre" se penche sur la façon dont l’athéisme est vécu aux quatre coins de la planète, là où il est passible de la peine de mort, là où il est ostracisé, là où il est légal mais toujours mal vu. Focus ce samedi sur les Etats-Unis, la "One nation under God", où l’athéisme se revendique pour tenter de se faire entendre.

Devenir athée, ça ne s’est pas fait du jour au lendemain pour Bo Bennett, sociologue américain élevé dans une famille catholique peu pratiquante. "Il y a dix ans, un collègue, chrétien évangélique, m’a donné un livre. Je me suis prêté au jeu et j’y ai découvert un condensé d’absurdités. J’ai commencé à me poser des questions. J’ai passé deux ans à faire des recherches. Et puis, j’ai lu la Bible." Se plonger dans les milliers de versets, dont certains se résument, à ses yeux, à la violence, d’autres à des histoires recyclées de croyances antiques, a fini de le convaincre que pour lui, la religion n’avait plus aucun sens. "Les gens idolâtrent Dieu comme un être d’une parfaite moralité. Mais certains passages dérangeraient beaucoup de gens s’ils lisaient la Bible. Quant à ceux qui l’ont lue, ils répondent que Dieu avait ses raisons, sans se poser de questions. C’est comme de l’autoritarisme", s’indigne-t-il.

Frappé par cette révélation, Bo Bennett n’a pu s’empêcher de faire campagne pour briser ce qui était à ses yeux un condensé de mythes. "L’absurdité de la religion était si évidente pour moi que, lorsque j’entendais des gens en parler comme si c’était des faits vérifiés, je ne pouvais pas ne rien dire. C’est comme si quelqu’un vous disait que la Terre est plate. Vous devez le contredire. Après tout, un nombre alarmant de personnes aux Etats-Unis pensent que la Terre a seulement 3 000 ans. Bref, c’était ma phase d’athée en colère", se souvient ce quadragénaire, qui prêche aujourd’hui la pensée critique, dans l’espoir que d’autres arriveront par eux-mêmes à sa conclusion.

Bo Bennett revendique donc ouvertement son athéisme, même si cela a failli lui coûter sa relation avec son frère pasteur. L’apostasie est souvent mal perçue ou, du moins, mal comprise dans le premier pays chrétien au monde, avec 70 % des Américains, soit plus de 240 millions de personnes, qui se réclament du christianisme. M. Bennett a l’avantage d’habiter dans le New England, l’une des régions les moins religieuses des Etats-Unis. "Dans certaines villes, ne pas croire en Dieu, c’est comme ne pas croire aux licornes. Tout le monde s’en fout. Mais dans la Bible Belt, cela peut détruire votre vie", avoue-t-il.