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Le pape François a reçu jeudi le président de la conférence épiscopale allemande, Mgr Robert Zollitsch, pour évoquer le sort de l'évêque très dépensier de Limburg (sud-ouest de l'Allemagne) mais aucune décision n'a été annoncée dans l'immédiat.

Dans une courte déclaration devant les journalistes, Mgr Zollitsch s'est dit "renforcé et encouragé" par son entretien d'une demi-heure avec François, alors que les dépenses somptuaires de Franz-Peter Tebartz-van Elst suscitent un malaise grandissant et des demandes de démission de toutes parts, y compris au sein de l'Eglise allemande.

"La teneur de l'entretien est confidentielle" d'un commun accord avec le pape, a-t-il dit.

"Le thème de la pauvreté dans l'Eglise a été abordé, mais il ne s'applique pas seulement et spécialement à Limburg", a également indiqué Mgr Zollitsch.

Aux nombreux journalistes allemands qui restaient sur leur faim, le prélat a expliqué que la commission nommée par l'Eglise allemande pour enquêter sur les dépenses de l'évêché commencerait son travail vendredi.

Selon des sources vaticanes, aucune décision ne sera annoncée dans un délai prévisible. Tout dépendra des travaux de cette commission d'experts à Limburg et de l'audition de divers témoins à Rome.

Selon Matthias Kopp, porte-parole de l'épiscopat allemand, le chef de la conférence épiscopale "a été très heureux de pouvoir rendre visite au pape Benoît XVI". Il a aussi affirmé que Mgrs Zollitsch et Tebartz-van Elst qui se trouvent tous deux actuellement à Rome ne se sont pas rencontrés.

A sa connaissance, aucune audience du pape n'était prévue pour l'évêque de Limburg.

A peine remise de scandales de pédophilie qui l'avaient durement éprouvée entre 2010 et 2012, l'Eglise allemande craint que le scandale de "l'évêque de luxe" ne lui fasse perdre de nombreux fidèles.

L'évêque est au coeur d'une polémique sur sa nouvelle maison diocésaine qu'il a fait construire à Limburg, dont les travaux sont passés de 5,5 millions d'euros à au moins 31 millions... en raison de ses demandes somptuaires selon ses détracteurs.

Par ailleurs, la question de l'accès à la communion des divorcés remariés --sur laquelle le diocèse de Fribourg (qui est celui de Mgr Zollitsch) avait fait une ouverture rapidement désavouée par le Vatican-- "n'a pas été abordée" au cours de l'entretien, a assuré le prélat allemand.


Portrait de Franz-Peter Tebartz-van Elst

Depuis son élection, le pape François prône "une Eglise pauvre pour les pauvres". Ce n’est pas un hasard s’il a pris le nom du "Poverello" d’Assise… Le pape argentin qui renonça au palais archiépiscopal de Buenos-Aires pour un petit appartement et qui préférait prendre le métro plutôt que de se faire conduire en limousine a, avec le sens de la formule qui le caractérise, dit dans une de ses homélies qu’"on ne fait pas la connaissance de Jésus en voyageant en première classe !"

Un message ciblé ? A force de voir taper sur ce clou, certains évêques ont fini par se sentir gênés aux entournures mais ce ne fut visiblement pas le cas de Mgr Franz-Peter Tebartz-van Elst, l’évêque de Limburg (près de Francfort) qualifié d’"évêque de luxe" pour son addiction au bling bling. Comme ce jeune quinqua affiche aussi des tendances autoritaires, il a fini par entrer en conflit avec ses ouailles qui estiment que son train de vie est trop contradictoire avec le message de l’Evangile. Ils l’ont fait savoir "urbi et orbi" aux responsables ecclésiaux allemands et romains. Le Saint-Siège a dès lors confié une mission de médiation au cardinal Lajolo qui fut nonce en Allemagne de 1995 à 2003, mais il n’a pas encore remis son rapport. Reste que dans les rangs ecclésiaux locaux, tant le cardinal Marx que le président de la Conférence épiscopale, Mgr Zollitsch, ont pris leurs distances avec leur collègue qui est attendu à Rome ce jeudi où il pourrait être reçu par le Pape.

Que lui reproche-t-on ? De vivre aux antipodes de ce que demande le "patron" : il s’est fait construire comme siège de son diocèse un complexe avec musée, salles de conférence, chapelle et appartements privés. Un projet évalué initialement à 5, 5 millions d’euros, mais la facture finale sera d’au moins 31 millions ! Avec un jardin de 783 000 euros conçu pour "la méditation". Monseigneur s’est aussi doté d’une salle à manger de 63 m2, mais c’est le prix de sa salle de bain qui horripile les fidèles : la baignoire a coûté 15 000 euros et ses robinets en or 578 000 euros. Il s’est aussi vu reprocher d’avoir effectué un voyage en Inde en payant un supplément de 3 500 euros pour être en première classe.

Enfin, pompon sur la barrette, le parquet veut le poursuivre pour avoir menti sous serment en déclarant n’avoir jamais confié à la presse qu’il avait voyagé en première classe… C’est trop, beaucoup trop aux yeux du Vatican qui va lui sonner les cloches à Rome et lui demander pourquoi, depuis sa nomination par Benoît XVI, 25 000 catholiques ont quitté l’Eglise dans son seul diocèse…