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La défense européenne reste l’un de ces grands chantiers entravés par la sacro-sainte souveraineté nationale. Depuis le rejet de la Communauté européenne de défense en 1952, elle est restée dans les limbes pendant plusieurs décennies. Ces vingt dernières années, elle a progressé certes, mais à pas comptés. Avant de reprendre de la vigueur sous la houlette de la Haute représentante Federica Mogherini.

1. Pourquoi maintenant ? Les Européens "ne sont pas des animaux qui ont une gestation instantanée. Cela fait des mois et des mois que cela discute", rappelle François Heisbourg, président du Centre de politique de sécurité de Genève (GCSP). S’ils sont prêts - aujourd’hui plus qu’hier - à avancer, "cela tient bien évidemment au contexte géopolitique global". Les attaques terroristes et les conflits dans l’entourage plus ou moins proche de l’Union l’ont motivée à donner un coup d’accélérateur au chantier de la défense. La sortie du Royaume-Uni, opposé à toute véritable intégration, a ensuite conforté ses partenaires, en laissant entrevoir de nouvelles perspectives. L’élection de Donald Trump à la présidence américaine - qui a fait peser des doutes sur la solidarité des Etats-Unis envers ses alliés européens - n’a, enfin, rendu que plus pressante la nécessité pour eux d’assurer leur propre défense. "Ces événements ont accru l’attention médiatique et politique sur ces questions, explique Giovanni Faleg, chercheur associé au Centre d’études de politique européenne (CEPS). Maintenant, il y a une fenêtre d’opportunité."

2. Pourquoi les progrès sont-ils restés si lents ? Principalement parce que les trois plus grands Etats membres n’étaient pas, pour diverses raisons, disposés à aller de l’avant, souligne François Heisbourg. "Les Britanniques n’en voulaient pas, pour ne pas concurrencer l’Otan. A présent qu’ils ne sont plus dans le jeu, il devient plus facile d’avancer. Les Allemands étaient obsédés par la cure d’austérité générale et ne se sont convertis que très lentement à la nécessité de tenir compte de la dégradation de la situation géostratégique" pour agir à l’échelon européen. Quant aux Français, jusqu’il y a peu, ils "n’étaient pas favorables à ce que la Commission, organe supranational, s’occupe de défense".

3. Que fait déjà l’Union ? L’Europe ne part pas de zéro (lire ci-contre). "Ses meilleures heures remontent à la période qui a précédé la crise économique et financière"de 2008, estime François Heisbourg, citant "les opérations pour empêcher le génocide dans l’Est de la République démocratique du Congo, le cessez-le-feu à Aceh (Indonésie) et le lancement des missions anti-piraterie dans l’océan Indien. Ce n’est pas négligeable, et c’était plutôt réussi." L’Union "a développé des outils très importants de gestion civile et militaire des crises, et beaucoup a été fait pour améliorer la cohérence de ses outils", note Giovanni Faleg. Ainsi est-elle "devenue un acteur important, parce qu’elle dispose des outils de réponse à court terme (militaires et sécuritaires par exemple) et des outils de réponse à long terme (comme l’aide au développement)" . François Heisbourg n’en observe pas moins "que ce sont des missions périphériques par rapport à la marche du monde. Les choses importantes - en Afghanistan, en Libye ou en Syrie et en Irak -, qu’elles soient réussies ou non, se font en dehors de l’Union". Le bilan n’est donc "pas mauvais, mais il est modeste".

4. Quels sont les projets européens actuels et quels chantiers faudrait-il ouvrir ?

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