International Pour sa première apparition très attendue devant une commission conjointe du Sénat américain, Marc Zuckerberg a répondu pendant plus de cinq heures aux questions des parlementaires, inquiets des "abus de confiance" du réseaux social. Le PDG de Facebook est cependant sorti indemne de cette audition, rapporte CNN mercredi. Le média américain estime que les sénateurs l'ayant interrogé ne maîtrisaient, dans leur grande majorité, pas suffisamment le dossier et n'avaient aucune idée du fonctionnement de Facebook.
 

Cette audition a mis en évidence un manque flagrant de connaissance des législateurs en matière de technologie. Le sujet principal de l'audition - la confidentialité des données sur les réseaux sociaux - a été noyé parmi d'autres, au moment où les Etats-Unis ont besoin d'une réflexion sur les règles et le respect de la vie privée. A la place, Mark Zuckerberg a eu droit à une succession de questions ratées.

Quelques sénateurs se sont démarqués, notamment la Californienne Kamala Harris, qui a mis en évidence l'incapacité de Zuckerberg à expliquer comment Facebook trace ses utilisateurs au-delà du réseau social et pourquoi l'entreprise n'a pas informé les internautes que leurs données avaient été partagées en 2015 avec Cambridge Analytica.

A de multiple reprises, les législateurs ont simplement questionné le PDG sur le fonctionnement de Facebook et ont affiché une certaine ignorance sur le "business model" du réseau social.

"Comment maintenir un modèle d'entreprise pour lequel les utilisateurs ne payent pas ?" a demandé le sénateur de l'Utah, Orrin Hatch.

"Sénateur, nous avons de la publicité", a répliqué Zuckerberg.

L'un des échanges les plus mémorables est venu du parlementaire originaire de Louisiane, John Kennedy. Celui-ci a commencé par qualifier l'accord d’utilisateur de Facebook de "nul" avant d'énumérer des étapes qui, selon lui, devraient être mises en place pour améliorer la confidentialité des données, avant d'être repris par Zuckerberg, qui a expliqué que ces mesures existaient déjà.

Kennedy : "Seriez-vous enclin à faire marche arrière et m'autoriser à effacer mes données ?"

Zuckerberg : "Sénateur, vous avez déjà la possibilité de supprimer n'importe laquelle de vos données ou l'entièreté de celles-ci."

Kennedy : "Seriez-vous enclin à étendre mon droit à vous interdire le partage de mes données ?"

Zuckerberg : "Sénateur, de nouveau, je crois que vous avez déjà ce contrôle..."

Kennedy: "Seriez-vous enclin à m'autoriser à prendre mes données Facebook et les déplacer sur un autre réseau social ?"

Zuckerberg: "Sénateur, encore une fois, vous pouvez déjà le faire."

Le manque de compréhension des parlementaires a permis à Zuckerberg d'éluder des questions importantes, notamment sur la mesure du contrôle de données de Facebook et pourquoi l'entreprise n'a pas été plus transparente avec les internautes sur l'utilisation de leurs données et comment ils ont été abusés.

Les sénateurs ont également manqué de précision. Ils ont abordé différents sujets - comme l'interférence russe dans la campagne électorale de 2016 ou le manque de transparence dans les publicités ciblées - qui requièrent des réponses distinctes.

A la place de proposer des solutions concrètes pour un meilleur contrôle des données, les sénateurs ont préféré demander à Zuckerberg pourquoi les utilisateurs devaient continuer à faire confiance à Facebook, ce qui a permis à Zuckerberg de revenir sur son thème de prédilection : la prise de responsabilité et la promesse d'améliorer les choses. Aucun ne lui a demandé pourquoi cela n'avait pas été fait plus tôt.

Seule Kamala Harris a réussi à mettre mal à l'aise le PDG de Facebook en lui demandant pourquoi avoir attendu que les média divulguent l'affaire Cambridge Analytica et ne pas avoir informé les utilisateurs touchés par la fuite des données.

D'autres sénateurs ont également posé des questions similaires mais la façon dont elles ont été exprimées ont permis à Zuckerberg de les éviter. Par exemple, lorsque des sénateurs ont suggéré que Facebook vendait des données, Zuckerberg les a corrigés en mentionnant un "commerce de données et non une vente". 

CNN rapporte que le fondateur de Facebook s'est longuement préparé à cette commission avec des avocats, conseillers et consultants, ce qui lui a permis de répondre avec calme, fermeté et respect aux questions. Zuckerberg a reconnu "des erreurs personnelles", en admettant "qu'il aurait pu faire plus".

Après ce passage devant le Sénat, le PDG de Facebook doit se présenter devant la Chambre des Représentants ce mercredi après-midi.