Faut-il intervenir militairement en Syrie?

AFP Publié le - Mis à jour le

International

Un haut responsable militaire de l'Otan a exprimé vendredi les doutes des militaires quant au bien fondé d'une éventuelle intervention militaire en Syrie, car elle n'entraînerait pas nécessairement une amélioration de la situation. "L'avis des militaires est qu'il n'existe pas, à l'heure actuelle, suffisamment d'éléments démontrant qu'une intervention militaire soit en mesure d'entraîner une amélioration de la situation sécuritaire" en Syrie, a indiqué le général allemand Manfred Lange, chef d'état-major au grand quartier général des forces alliées en Europe (Shape), installé à Casteau, près de Mons.

"Le processus politique doit être favorisé, les sanctions doivent être appliquées. La situation actuelle ne peut être réglée par les militaires", a-t-il ajouté devant des journalistes à Bruxelles. Le général Lange a confirmé que l'Otan n'avait "aucun plan militaire concernant la Syrie". Une intervention extérieure ne pourrait se concevoir que si elle pouvait améliorer la protection des civils, mais "je doute que cela soit le cas", a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, a affirmé à de nombreuses reprises que l'Alliance n'avait "aucune intention d'intervenir en Syrie", en indiquant que la situation de ce pays ne pouvait être comparée à celle de la Libye où l'Otan est intervenue en 2011. M. Rasmussen a appelé la Russie, le principal allié de Damas, à aider à trouver une solution politique en Syrie.

La France réfléchit à une zone d'exclusion aérienne

La France continue de réfléchir avec ses partenaires à une éventuelle zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Syrie, a indiqué vendredi un haut responsable français, tout en reconnaissant que ce projet nécessitant un mandat de l'ONU était quasiment irréalisable.

"Nous travaillons, pas seulement nous, mais beaucoup de pays travaillent sur cette question de zone d'exclusion aérienne, mais il est clair que pour le moment c'est très difficile à mettre en place", a déclaré ce responsable français à Washington.

"Nous parlons avec tous nos partenaires, les Turcs, les Américains, les Britanniques et d'autres, mais nous n'avons pas pour le moment l'élan politique pour monter dans un proche avenir une zone d'exclusion aérienne", a ajouté ce responsable qui s'exprimait en anglais auprès de quelques journalistes. Il a rappelé qu'un tel projet avait besoin d'un feu vert du Conseil de sécurité, une hypothèse exclue compte tenu de l'opposition de la Russie et de la Chine.

Cette idée de zone d'exclusion aérienne, réclamée par l'opposition syrienne, tout comme le projet de zones-tampons en Syrie, ont été évoqués au mois d'août par la communauté internationale, avant de disparaître du débat public.

En visite le 13 septembre au Liban, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian avait jugé irréaliste la création de "zones d'exclusion aérienne".

Toutefois, interrogé le 23 août sur France 24, M. Le Drian avait évoqué la possible instauration d'une zone d'exclusion aérienne sur une partie du territoire syrien, jugeant que cette hypothèse "émise par (la secrétaire d'Etat américaine) Hillary Clinton mérit(ait) d'être étudiée".

Aucun responsable américain n'a prononcé publiquement ces dernières semaines l'expression "zone d'exclusion aérienne".

Lors d'une conférence de presse à Istanbul le 11 août avec son homologue turc Ahmet Davutoglu, Mme Clinton avait été interrogée pour savoir si les projets de Washington et de ses alliés comprenaient cette fameuse "zone d'exclusion aérienne".

Elle avait répondu: "Les sujets que vous évoquez sont exactement ceux que le ministre (turc) et moi-même souhaitons voir étudiés plus en profondeur". "C'est une chose de parler de toutes les actions possibles, mais vous ne pouvez pas prendre de sage décision sans l'avoir étudiée en profondeur et sans planification opérationnelle", avait-elle ajouté.

L'ONU poursuit son enquête

Le Conseil aux Droits de l'homme des Nations Unies va prolonger la semaine prochaine le mandat de la Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie et demande qu'elle soit renforcée en personnel, selon un projet de résolution rendu public vendredi. Cette résolution sera soumise au vote à la fin de la semaine prochaine à Genève.

Le mandat de cette commission formée il y a un an et dirigée par le brésilien Paulo Sergio Pinheiro est arrivé à expiration. Elle a rassemblé, sur la base d'un millier de témoignages recueillis dans les pays voisins de la Syrie - Damas lui refusant un accès sur son territoire - des preuves sur des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis par les forces gouvernementales et les milices pro-régime.

Elle a également relevé des crimes de guerre commis par l'opposition armée, mais à une échelle beaucoup plus limitée. La commission a établi deux listes de noms de responsables ou d'unités impliqués dans ces crimes et des éléments de preuve, qu'elle a remis à la Haut Commissaire aux droits de l'homme, Mme Navi Pillay. Ces documents ne seront pas pour le moment rendus public et pourraient servir de premier élément de travail en cas de saisie de la Cour pénale internationale par le Conseil de sécurité.

Le projet de résolution, qui fait toujours l'objet de négociations entre diplomates du Conseil, "demande au Secrétaire général de l'ONU de donner des moyens supplémentaires, y compris en personnel, à la Commission d'enquête". Elle condamne à nouveau "toutes les violences, d'où qu'elles viennent, y compris les actes terroristes" et "réitère son appel aux autorités syriennes de respecter leur responsabilité de protéger la population".

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