Franç. rich. ch. biens immob. pour év. fiscale

Charlotte Mikolajczak Publié le - Mis à jour le

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Favori, François Hollande l’était donné depuis des semaines, voire des mois. Plus il l’était, plus l’épée de Damoclès pointée sur la tête des grosses fortunes françaises vacillait. Depuis dimanche, le fil qui la retient encore s’est affiné. Et risque de se casser d’ici l’été. Avec pour résultat un départ programmé de Français en mal de nouvelle résidence. Vers la Suisse, le Luxembourg, la Grande-Bretagne et la Belgique (Bruxelles et ses environs surtout, le Tournaisis dans une moindre mesure). Ce vent, favorable aux vendeurs et aux agents immobiliers, pourrait s’avérer défavorable à la masse des candidats-acquéreurs locaux. Les réponses de quatre courtiers bruxellois qui pratiquent quotidiennement les Français.

Quand ? "Le téléphone ne chauffe pas plus aujourd’hui qu’hier, sourit Anna Susswein (Lecobel). Sauf pour les locations, passage quasi obligé pour qui veut acheter. En matière de vente, on ne peut pas dire qu’il y a beaucoup plus de demandes que l’an dernier. Par contre, les budgets sont plus importants." "Depuis plusieurs mois, le flux est continu, renchérit Jean de Kerchove (Immobilière Le Lion). Ceux qui se sont annoncés récemment disent toutefois qu’ils doivent d’abord vendre leur résidence à Paris. Or, ce n’est pas le bon moment. Le marché parisien est à la traîne. Par contre, là où l’accession de François Hollande a eu un effet immédiat, c’est sur les Français, locataires de longue date en Belgique, qui ont maintenant décidé de s’installer moins provisoirement." Hasard du calendrier, trois grosses fortunes françaises ont signé leur compromis de vente auprès de l’agence Engel&Völkers le lendemain de l’élection française. "On a senti une véritable accélération depuis le début de l’année, confie Philippe Rosy. Et ces dernières semaines, ils ont pris des positions fortes. Ceux qui louaient se sont également manifestés car ils s’inquiètent d’une brusque hausse des prix."

Comment ? Ce qui fait la résidence, c’est la résidence, pas la propriété. Beaucoup de Français débutent donc leur vie d’étrangers par la location. Qui ne dure généralement que quelques mois. Le temps de trouver le bien à acheter. "Ils ne veulent pas être punis, ajoute Philippe Rosy. Ils ne vont pas à l’étranger pour moins bien. Ils sont propriétaires en France; ils le seront à Bruxelles aussi. D’autant que le marché locatif belge n’est pas aussi qualitatif que le marché acquisitif." Ce qui ne fait pas l’affaire des bailleurs. A moins que Il se raconte que, pour se sentir bien chez eux, certains locataires réalisent, à leurs frais, de somptueux travaux dans les biens loués. "Jusqu’à 300000 euros pour l’un d’eux", confie le courtier.

Qui ? Le panel est très large. "Autant de jeunes couples avec enfants, que de personnes de 70 ans", indique Jean de Kerchove. "La majorité occuperont leur bien. Mais il y a aussi des investisseurs purs, ajoute Alain Braem (agence Cap Sud), qui optent pour des maisons de rapport, des petits immeubles à appartements, des unifamiliales, mais toujours haut de gamme. C’est moins l’impôt sur la fortune qui les motive, que l’augmentation de la taxation sur les plus-values. La stabilité du marché belge tente aussi les moyennes fortunes qui les replacent dans la brique."

Combien ? Leur budget est également large : de 350000 à plusieurs millions d’euros. Large, voire élastique. "Ils arrivent en se disant que Bruxelles est deux à trois fois moins chère que Paris, ajoute Jean de Kerchove. Ce qui n’est pas le cas sur le très haut de gamme. Beaucoup se voient donc contraints d’augmenter le budget initialement envisagé. Mais sans sourciller." Pour eux, l’offre est là. "On a ce qu’il faut", sourit-il. C’est-à-dire ce qui n’a pas été vendu ces deux dernières années, ajouté à une offre, toute chaude, qui déboule sur le marché. Car les Belges se sont également - voire plus que les Français eux-mêmes - préparés à la victoire de François Hollande et à cet afflux. "Nous avons rentré pas mal de biens ces dernières semaines, confirme Anna Susswein, dont les vendeurs exigent une plus grande confidentialité. Ce sont les budgets français qu’ils visent."

Quelles conséquences ? "Cela va avant tout permettre de restimuler le segment du haut de gamme, malmené ces dernières années", indique Alain Braem. Des déboires que réfute Philippe Rosy. "Dans certains quartiers, on a assisté sur deux ans à des hausses de plus de 10 % ! Ce n’est pas ce que j’appelle une sous-performance. Sur le segment hors norme, entre 7 et 10 millions d’euros, il y a tellement peu de produits que les prix augmentent encore plus vite." Quant à un éventuel impact sur l’ensemble du marché, il le prédit clairement. "Il n’y aura pas, du jour au lendemain, une file de Français à la frontière, conclut-il. Mais leur poids est tel qu’il y aura impact. En 2011, ils ont investi à Bruxelles entre 300 et 400 millions d’euros, ce qui représente entre 9 et 10 % de l’investissement total ! Ce n’est plus marginal." Dans leurs quartiers de prédilection (voir ci-contre), le moyen de gamme pourrait en faire les frais et subir, lui aussi, des hausses de prix.

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