International Du jamais vu dans l’histoire de l’Education nationale en France. Lundi, sont entrés en fonction les premiers des policiers armés et en uniforme qui, dorénavant, seront affectés en permanence dans la cinquantaine de collèges et lycées les plus “particulièrement sensibles” du pays. Ces “policiers référents chargés de la sécurité scolaire” avaient été promis par Nicolas Sarkozy au printemps 2009. Quand avaient ému l’opinion plusieurs faits graves de violences scolaires : attaques d’établissements par des bandes, agressions d’enseignants ou d’élèves à l’arme blanche, etc.

Depuis plusieurs années déjà, existaient des policiers dits référents : agents qui étaient les contacts privilégiés des directions d’écoles, mais qui demeuraient affectés dans leurs commissariats. Ces policiers référents-ci auront un bureau dans l’école même. Plusieurs fois par semaine, ils y tiendront des permanences à l’attention des élèves, des parents et du personnel. Ils officieront dans l’établissement en uniforme et armés. Y mèneront des actions de prévention à la violence scolaire (racket, agression, abus sexuel, etc.) et assisteront les équipes éducatives en cas de problèmes de sécurité. Justification de cette initiative par le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux : “85 % des violences et actes de petite délinquance sont commis par des élèves au préjudice d’autres élèves.”

Mais, lundi, cette innovation a reçu un accueil assez glacial.

Ainsi, au premier syndicat de gardiens de la paix (Unité SGP Police), on fustige le fait qu’on “demande (aux policiers) de faire au moins autant, si ce n’est plus, avec moins” de moyens – les forces de sécurité n’échappant pas aux réductions de personnel frappant l’ensemble de la fonction publique. Pour le premier syndicat enseignant du secondaire (SNES), l’intrusion de policiers armés dans les écoles est même “un mélange des genres préjudiciable” : “une mesure démagogique” qui sert d’“écran de fumée pour masquer la pénurie de recrutement de personnel éducatif” – 16 000 postes ont encore été supprimés dans les écoles à la rentrée.

Les associations de parents grimacent elles aussi. Pour la principale (la FCPE, plutôt à gauche), il s’agit d’“une mesure sécuritaire totalement inefficace”. Car, contre la violence, “c’est de solutions éducatives que l’Ecole a besoin !”  : la “formation accrue des enseignants à la pédagogie, à la psychologie des enfants et adolescents, à la gestion de classes hétérogènes”. Y compris la deuxième fédération de parents (PEEP, plutôt à droite) “s’interroge sur la pertinence de créer des équipes mobiles d’agents, quand pourraient être renforcées les équipes de vie scolaire dont les membres, travaillant sur le long terme, connaissent mieux les élèves et sont plus à même de désamorcer en amont les conflits potentiellement violents”.

Le gouvernement lui-même l’a déjà reconnu : les violences scolaires sont (avec la délinquance dans les transports et les violences urbaines) l’un des points faibles du bilan de sa politique sécuritaire.

Selon un sondage de l’hiver dernier, neuf Français sur dix trouvent que la violence à l’école a augmenté ces dix dernières années, 61 % des parents se disant inquiets pour la sécurité de leurs enfants. Mais, pour autant, si ces parents sont massivement favorables à un renforcement des effectifs d’enseignants et de surveillants (93 %), à une présence policière accrue en dehors et autour de l’école (74 %), ou à l’installation de portiques de sécurité aux entrées (73 %), seul un quart des sondés prône la présence à l’école de policiers en uniforme et armés.