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Les rixes entre migrants d'Afrique de l'Est qui tentent depuis Calais de passer en Angleterre témoignent des tensions croissantes que provoque leur afflux via l'Italie, comme s'en inquiète un rapport de la Police aux frontières (PAF).

En un peu plus de 24h, des groupes de Soudanais et d'Erythréens se sont affrontés à trois reprises, dans le centre et dans la zone portuaire de Calais, malgré l'envoi d'une quarantaine de CRS en renfort dès dimanche soir.

Ces heurts ont fait au total près de 70 blessés, dont l'un a du être héliporté dans un état grave à l'hôpital de Lille, dans la nuit de lundi à mardi.

Pour les associations calaisiennes de soutien aux migrants, ces violences répétées sont la conséquence d'une "guerre de territoires" que se livrent les groupes d'exilés, "devenus trop nombreux" et "prêts à tout pour essayer de passer en Angleterre".

Entre 1.200 et 1.300 migrants seraient actuellement présents à Calais, une augmentation "de l'ordre de 50% en quelques mois", avait souligné lundi le préfet du Pas-de-Calais Denis Robin, en déplorant un accroissement des violences entre migrants, mais aussi entre migrants et chauffeurs routiers.

Avec cet afflux de migrants, "la situation autour du passage est tendue. Des groupes qui traditionnellement n?interfèrent pas, parce que passant à des endroits différents", -le tunnel et le port- "commencent "à mordre sur le territoire des autres, l'un (essayant) de faire sa place sur le lieu de passage de l'autre", constate Philippe Wannesson, militant associatif.

"Le nombre de personnes remontant d'Italie après avoir traversé la Méditerranée va continuer à augmenter au moins jusqu?à l?automne (la navigation devenant ensuite plus difficile). Plus le passage (en Angleterre) sera difficile, plus les tensions vont augmenter", redoute-t-il.

"Tout est exacerbé, on arrive à un contexte un peu explosif. Les migrants sont tellement désespérés, ils veulent, parfois avec un peu de violence, prendre un camion par la force et partir en Angleterre", soulignait lundi Véronique Devise, présidente départementale du Secours catholique, appelant à la prise d'"une décision politique, (...) au niveau national et européen".

Un rapport préoccupant

Selon un rapport de la PAF, dévoilé mardi par Le Figaro, "entre le 1er janvier et le 30 juin 2014, 61.591 migrants irréguliers ont débarqué en Italie" contre "7.913 pour la même période en 2013 et seulement 4.301 pour les six premiers mois de 2012. Les Erythréens représentent 31% de ces migrants (18.282). Les Syriens arrivent en seconde position, avec 10.371 (17%)".

Cet afflux massif a eu pour conséquence une accentuation de "la pression migratoire sur la frontière avec l'Italie", et l'interpellation par la PAF de 5.235 personnes au premier semestre 2014, souligne le rapport.

Sollicité par l'AFP, le ministère de l'Intérieur a indiqué qu'il s'agissait d'un "phénomène connu". "Cependant, tout, à commencer par la baisse des demandes d'asile en France au 1er semestre 2014, indique que la France est pour ces migrants un pays de transit", a souligné le ministère.

"Il s'agit très certainement de gens qui ont fui par la Libye grâce à une organisation mafieuse, qui échouent en Sicile et remontent la péninsule pour se disperser en Europe (...). La France peut être un pays d'installation pour certains, de transit pour d'autres", souligne Geneviève Jacques, présidente de la Cimade, selon laquelle de nombreux Erythréens trouvent refuge dans les pays nordiques.

Pour le porte-parole de France Terre d'Asile, Pierre Henry, ce phénomène est la conséquence "du refus de l'Union européenne de venir en aide à l'Italie, qui l'a demandée depuis le début de l'année lorsque des migrants sont arrivés sur ses côtes".

A Calais, selon les chiffres officiels, près de 7.500 clandestins ont été interpellés depuis le début de l'année alors qu'ils tentaient d'embarquer clandestinement pour la Grande-Bretagne, considérée comme un Eldorado.

Pour essayer d'enrayer la montée des tensions, le gouvernement, comme l'a expliqué le préfet Robin, a mandaté l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) et la Direction départementale de la cohésion sociale(DDCS) pour présenter cette semaine diverses options aux migrants, comme le droit d'asile, l'hébergement d'urgence ou une aide au retour dans leur pays d'origine.