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L'appel d'Emmanuel Macron à "réparer" le lien "abîmé" entre l'Eglise et l'Etat a suscité de vives réactions en France, la gauche fustigeant une atteinte "irresponsable" à la laïcité quand l'épiscopat salue un discours refondateur. Dans un pays où le principe de laïcité est ancré depuis 1905 par une loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, M. Macron a créé l'événement en s'exprimant lundi soir devant la Conférence des évêques, une première pour un président français.

"L'événement était inédit" et "le discours d'Emmanuel Macron l'était davantage encore", résume le directeur du quotidien catholique La Croix, Guillaume Goubert.

C'est l'une des premières phrases d'un discours fleuve qui a suscité l'émoi le plus grand : "Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l'Église et l'État s'est abîmé et qu'il nous importe à vous comme à moi de le réparer", a-t-il lancé à son hôte, Mgr Georges Pontier, le président de la Conférence des Evêques.

Un "chemin" Eglise-Etat "aujourd'hui semé de malentendus et de défiance réciproques", a-t-il redit plus tard, cinq ans après la mobilisation d'une partie des catholiques contre la légalisation du mariage homosexuel.

"On attend un président, on entend un sous-curé", a aussitôt fustigé le chef de file de la France insoumise (gauche radicale) Jean-Luc Mélenchon dans un tweet. Le porte-parole de son parti, Alexis Corbière, a dénoncé des "paroles irresponsables qui soufflent sur les braises de tous les communautarismes religieux".

"Atteinte sans précédent à la laïcité", a renchéri l'ancien candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon.

"La laïcité c'est la France et elle n'a qu'un seul fondement: la loi de 1905, celle de la séparation des Eglises et de l'Etat", a souligné l'ancien Premier ministre Manuel Valls, une figure du camp laïque le plus offensif.

Pour la présidente du Front national (extrême droite) Marine Le Pen, interrogée sur la radio RTL, Emmanuel Macron tente d'anesthésier les catholiques pour pouvoir demain s'attaquer à la loi de 1905". Et d'assurer, sans mentionner les musulmans, que ce ne seront pas les chrétiens "les bénéficiaires de ce changement".

Le principe de la laïcité est défendu par de nombreux Français. Mais il est aussi régulièrement au centre de vifs débats, autour de certaines manifestations publiques de la foi musulmane ou de l'héritage chrétien du pays.

Dans les rangs de l'exécutif, on tentait de gommer l'hypothèse d'une inflexion présidentielle dans les relations entre pouvoir et religions.

Emmanuel Macron "dit : chez l'homme, il n'y a pas simplement une matérialité, il y a une quête d'absolu, de spiritualité, donner un sens à sa vie. C'est peut être une tonalité nouvelle mais qui ne rompt en rien avec les grands principes de laïcité", a assuré le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb.

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, est aussi monté au créneau pour moquer "les réactions quasi pavloviennes d'une partie de la classe politique française où en 140 signes dans un tweet on condamne un discours de plus d'une heure". Il n'y a pas "le moindre fléchissement" sur la laïcité, a-t-il tranché.

L'épiscopat ne cachait pas sa satisfaction. "Je pense que le discours d'hier est un discours qui fera date dans l'histoire des relations entre l'Eglise catholique et l'Etat", a résumé sur la radio France Inter le porte-parole de la Conférence des évêques de France, Mgr Olivier Ribadeau Dumas.

"Il ne nous a pas pris pour des sous-citoyens, mais pour des citoyens habités par une sève spirituelle et (appelés) à avoir une parole intempestive", en a retenu l'archevêque de Sens-Auxerre, Mgr Hervé Giraud.

La droite oscillait pour sa part entre circonspection et soutien après le discours d'Emmanuel Macron. "C'est une position qu'on n'avait pas entendue depuis très longtemps et qui détonne dans le paysage", a reconnu devant la presse le député du parti Les Républicains (droite) Philippe Gosselin.

Mais ce catholique a relevé que M. Macron n'avait pas épousé le discours de l'Eglise sur tous les sujets, loin s'en faut, a fortiori sur la bioéthique. "C'est assez amusant de voir comment Jupiter (surnom donné à l'actuel chef de l'Etat, ndlr) s'estime peut-être au-dessus de Dieu en distribuant les bons ou les mauvais points ! ", a-t-il ironisé.