France: un acte de contrition pour les enfants de La Réunion

Bernard Delattre, Correspondant permanent à Paris Publié le - Mis à jour le

International

Un acte officiel de contrition de la France à propos de son passé, c’est du jamais vu depuis les années Chirac. Lors du quinquennat précédent, pour mémoire, Nicolas Sarkozy prohibait toute repentance mémorielle, notion abhorrée. Mardi, en revanche, l’Assemblée a voté une résolution reconnaissant solennellement que "l’Etat a manqué à sa responsabilité morale" envers plus d’un millier d’enfants de la République.

Ces enfants, ce sont quelque 1 600 jeunes de l’île de La Réunion, dotés du statut de pupilles de la nation. Entre 1963 et 1982, ils ont été transférés vers 64 départements métropolitains, dans le Sud-Ouest et le Massif central. Ces zones à la population vieillissante étaient touchées par l’exode rural, donc manquaient de main-d’œuvre et de jeunes. L’ordonnateur de "cette politique de migration de pupilles" était le gaulliste Michel Debré, ex-Premier ministre (1959-1962) devenu député de La Réunion.

"Comme des bêtes, des esclaves"

Cinquante ans après, "ces enfants volés de la République" - ainsi qu’un grand quotidien du Midi les a baptisés, lundi - ont, ces jours-ci, amplement témoigné de leur calvaire.

"En arrivant à Orly, on nous triait comme des bêtes , a, ainsi, raconté l’un d’eux : j’ai été placé comme esclave." Dès 1972, un préfet du Languedoc s’était ému que ces pupilles aient été "positionnés" par l’administration dans des secteurs économiques où ils avaient peu de chances d’insertion professionnelle. Ce que confirma, en 2002, un rapport des Affaires sociales, pour qui "le choix des filières professionnelles des jeunes était plus fait en fonction des besoins des territoires que de ceux des pupilles" .

En outre, pas rarement, ces jeunes n’étaient pas, comme ils étaient censés l’être, "des enfants de la DDASS" (l’acronyme du service d’aide sociale où sont placés les enfants abandonnés), ni même des jeunes dont leurs familles acceptaient de se séparer temporairement. Selon l’un d’eux, "les flics m’ont pris dans la rue, disant que j’avais fugué, mais ce n’était pas vrai ! Ils m’ont enlevé, et n’ont rien dit à mon père" . L’exposé des motifs de la résolution votée mardi stipule, noir sur blanc, que l’on peut donner "du crédit à l’hypothèse d’un consentement vicié" de nombre de parents et de jeunes.

Enfin, sans parler des problèmes de déracinement, souvent l’on a déploré des mauvais traitements. Selon la dirigeante de l’association des Réunionnais de la Creuse (Limousin), "des enfants, y compris des bébés, ont été entassés dans des foyers temporaires exigus, sur des matelas posés à même le sol" .

"L’Histoire meurtrie" : des députés émus

Les députés socialistes auteurs de la résolution voulaient que, par son vote, l’Assemblée reconnaisse les torts de l’Etat dans "cette migration forcée" : "un épisode que l’Histoire de notre République a essayé de cacher" . Dans l’hémicycle, plusieurs députés réunionnais n’ont pu dissimuler leur émotion, au moment d’évoquer, à la tribune, "l’Histoire meurtrie" de leur île.

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