François Hollande abat sa dernière carte avant 2017

Bernard Delattre Correspondant permanent à Paris Publié le - Mis à jour le

International

La confirmation du départ de Laurent Fabius appuie l’imminence du dernier remaniement du quinquennat. Le PS n’a plus que quinze mois pour tenter d’éviter un fiasco, à la présidentielle de 2017. D’ici là, l’hôte de l’Elysée risque de subir un échec cuisant, au Congrès de Versailles.

La fin de trente ans de politique active. Mercredi, François Hollande a confirmé ce qui était un secret de Polichinelle, depuis de longues semaines. Son ministre des Affaires étrangères depuis 2012, Laurent Fabius, va quitter le gouvernement. Direction, la présidence du Conseil constitutionnel. L’y attend une cohabitation piquante avec un des membres de la juridiction suprême : l’ex-Premier ministre Lionel Jospin. Auquel il disputa à la fois l’héritage mitterrandien et la tête du Parti socialiste, il y a un quart de siècle.

Ayrault ? Royal ?

Par qui remplacer le chef de la diplomatie ?

Un de ses deux actuels ministres délégués ? Ce serait peu en phase avec le contexte international tendu du moment et l’engagement militaire de la France à l’étranger.

L’ex-Premier ministre Jean-Marc Ayrault ? C’est un germaniste, ce qui plairait à Berlin. Sa cohabitation avec Manuel Valls, à qui il n’a jamais pardonné de l’avoir évincé, ne serait pas simple. Mais, au Quai d’Orsay, il dépendrait davantage de l’Elysée que de Matignon. Problème ? Jean-Marc Ayrault n’a pas peu critiqué Manuel Valls sur la déchéance de nationalité. Et il personnifie le projet controversé de méga-aéroport de Nantes, ce qui pourrait dissuader des Verts de cohabiter avec lui au gouvernement. Or, l’Elysée veut se rabibocher avec eux.

Ségolène Royal, alors ? Depuis qu’il s’est séparé de Valérie Trierweiler, François Hollande lui fait jouer un rôle protocolaire de "vice-présidente" (accueil de chefs d’Etat étrangers, etc.). Avec Laurent Fabius, elle sut gérer la conférence COP 21. Le quai d’Orsay lui plairait, car, ayant fait une croix sur l’Elysée, elle ambitionnerait une fin de carrière à l’international. Enfin, à l’Environnement, sa détestation de l’"écologie punitive" lui a fait mener une politique consensuelle et aimable : deux piliers de toute diplomatie qui se respecte.

Mais, lors de sa campagne élyséenne de 2007, elle a tant gaffé sur des sujets internationaux qu’une partie du corps diplomatique, selon des échos, s’épouvanterait à l’idée de la voir arriver. Et de devoir gérer sa personnalité peu contrôlable, son avidité médiatique, et sa langue bien pendue - jamais loin des propos à l’emporte-pièce.

Macron promu ? Déchu ?

Au-delà de la destinée de ce maroquin, ce remaniement sera décrypté à l’aune d’autres facteurs. Le caractère resserré, ou non, de la nouvelle équipe (rien que des socialistes et assimilés, ou d’autres partis aussi ?). Le rapport de force entre "hollandais" et vallsistes (le Premier ministre ayant l’avantage, depuis le départ de Christiane Taubira). Son éventuel renouvellement (les Français désabusés réclamant, d’après tous les sondages, de nouvelles têtes). Et le sort d’un ministre turbulent mais populaire : Emmanuel Macron (promu ou déchu ?).


La valse du gouvernement Valls