François Hollande, c’est un peu court, jeune homme…

Caroline Grimberghs Publié le - Mis à jour le

International Faire le bilan des 100 premiers jours de présidence de François Hollande en plein mois d’août donne un léger sentiment d’indifférence générale à la politique menée par le socialiste depuis son arrivée à l'Élysée. Les attachés de presse sont en vacances et décrochent leur portable allongés sur leur serviette de plage. Les QG de partis sont fermés "jusqu’au 15 août inclus" et vous invitent à rappeler plus tard. Bref, François Hollande est à Brégançon et le monde continue de tourner.

Après la sortie remarquée de Nicolas Sarkozy la semaine dernière commentant, l’air de rien, l’inaction de son successeur dans le conflit syrien, les supporters du président auraient peut-être aimé le voir raccourcir ses vacances, 54% des Français s’estimant "mécontents" de son action selon un sondage Ifop paru dans le Figaro ce week-end. Il n’en est rien. L’homme profite de son congé avant de se remettre à la tâche ardue qui l’attend entre crise financière, conflits internationaux qui s’enlisent, notamment en Syrie et au Mali, et, semble-t-il donc désormais, petites phrases assassines d’un ex-président en mal d’activités.

En attendant son retour, ça commente pas mal à Paris. "Le sujet majeur, c'est la compétitivité de l'économie et l'emploi des Français. Or les 100 jours de François Hollande, de ce point de vue, sont 100 jours pour rien. Aucune réforme n'a été lancée. Quel contraste avec les 100 premiers jours de Nicolas Sarkozy !" s’exclame Valérie Pécresse. "Pire, Hollande s’est lancé dans une entreprise de démolition des réformes de Sarkozy". Sans surprise, elle n’est pas la seule à l’UMP à critiquer le président socialiste. "Il préfère de beaucoup son image à la recherche de résultat", balançait François Fillon dans le Figaro ce lundi alors que Libération titrait en Une : ‘"Les 100 jours de Hollande : normal ou pépère ?".

La ‘politique réflexe’ peut-elle suffire ?

Quelques mesures mais pas de grandes réformes pour le moment : Virginie Martin, politologue française marquée à gauche, reconnaît un bon départ. "Il a posé quelques actes symboliquement forts dès les premiers jours de son quinquennat : la parité du gouvernement, le voyage en Allemagne le jour même de son intronisation, etc". Mais la politologue reconnaît ensuite une certaine déception. "Il y a d’abord eu l’enchevêtrement malheureux vie privée/vie publique. Il était parvenu à rester digne sous la pluie en remontant les Champs-Elysées, avant de se retrouver dans la boue intime. Ensuite, politiquement, après la tornade Sarkozy, il fallait calmer les esprits. Très bien. Mais maintenant, il faut mettre le turbo de l’inventivité. Sa présidence ne peut pas se contenter d’être comme sa campagne : sans faute mais sans trait de génie. Après 100 jours, on se pose la question : quelle est cette gauche classique, peu inventive, que nous propose François Hollande ? Est-ce qu’une gauche qui se contente de faire de la ‘politique réflexe’ peut suffire ? A la rentrée, c’est très clair, il sera attendu sur la croissance et la confiance des marchés. C’est la seule chose qui intéresse les gens et Hollande va devoir prouver qu’il est capable de ‘penser à après-demain’ parce que, pour le moment, c’est un peu court. Il faut passer à l’étape supérieure et inventer la vie qui va avec.

"Ce n’est pas parce qu’il y a moins d’esbroufe qu’il y a moins d’éclat." commente le député PS, Razzy Hammadi. Très optimiste, il défend le premier bilan de son patron. "Pour le moment, c’est très positif : il fait ce qu’il a dit et n’est revenu sur aucune des promesses données. Une vingtaine de ses 60 propositions de campagne sont déjà mises en place ou sont en passe de l’être. Il a rétabli une part de la crédibilité de la France au-delà de nos frontières et s’apprête à relever le pays". Un avis que ne partage pas Valérie Pécresse. "Le président autoproclamé "de la croissance" risque de devenir durablement celui de la récession. La session d’été a donné un avant goût du coup de massue fiscal qui attend tous les Français avec le budget 2013 voté à l'automne."

La compagne d’Arnaud Montebourg, fraichement nommée rédactrice en chef des Inrockuptibles, signe également un édito critique vis-à-vis du président : "Cher François, on n’a pas voté pour ça", balance-t-elle. "Le changement, c’est maintenant qu’ils disaient, ironise la journaliste.

François Hollande, président normal, risque-t-il de devenir une caricature de lui-même ? En mal de créativité, s’il se contente de défaire ce qu’a fait Nicolas Sarkozy, il risque de na pas obtenir la moyenne lors du prochain bilan.

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