International Par-delà le succès des JMJ à Cracovie, on retiendra les propos rassembleurs du Pape. Éclairage.


Bis repetita placet… Comme il l’avait fait, à Rio de Janeiro en 2013, le Pape a une nouvelle fois conquis les jeunes croyants à l’occasion des Journées mondiales de la jeunesse qui ont rassemblé deux millions de jeunes à Cracovie. Le défi était de taille car François fut en permanence j(a)ugé au pays de saint Jean-Paul II qui l’a précédé sur le trône de Pierre… Le Pape a surtout réussi, une fois encore, à faire passer largement son message. Celui sur l’importance de la miséricorde qui lui est tellement cher, particulièrement en cette année spéciale qu’il lui a dédiée mais il a aussi sensibilisé les jeunes aux problèmes de l’heure dans la foulée de l’actualité tragique de ces derniers jours. On se demandait aussi si le courant allait passer entre le Pape et une Eglise polonaise qui joue toujours de son statut privilégié de défenseur des droits de l’Homme sous le communisme et pas toujours aussi humble et servante que le veut François. Mission accomplie sur toute la ligne.

1. Pape communicateur. Si les messages du Pape passent bien dans l’opinion adulte, il a aussi le don d’interpeller directement les jeunes. Samedi soir, à la grande veillée, il a su les toucher de manière provocante en plein cœur. Ainsi lorsqu’il a dit que "le temps qu’aujourd’hui nous vivons n’a pas besoin de jeunes assis sur un divan, mais de jeunes avec des chaussures, mieux encore, de jeunes chaussant des crampons". Et d’enchaîner par une image footballistique : "Le temps n’accepte que des joueurs titulaires sur le terrain, il n’y a pas de place pour des réservistes." Et le Pape d’insister : "Si tu n’y mets pas le meilleur de toi-même, le monde ne sera pas différent. […] L’histoire aujourd’hui nous demande de défendre notre dignité et de ne pas permettre que ce soient d’autres qui décident notre avenir." En ces temps aussi où la tentation de recourir à la loi du talion reprend le dessus, le Pape s’est voulu clair : "Nous, nous ne voulons pas vaincre la haine par davantage de haine, vaincre la violence par davantage de violence, vaincre la terreur par davantage de terreur. Et notre réponse à ce monde en guerre a un nom : elle s’appelle fraternité, elle s’appelle lien fraternel, elle s’appelle communion, elle s’appelle famille." Le Pape a aussi, sans verser dans un jeunisme qui ne serait pas de mise, insisté sur le rôle pacificateur et de dialogue des jeunes. "Car, a-t-il dit, aujourd’hui, nous les adultes, nous avons besoin de vous, pour nous enseigner à cohabiter dans la diversité, dans le dialogue, en partageant la multiculturalité non pas comme une menace mais comme une opportunité : ayez le courage de nous enseigner qu’il est plus facile de construire des ponts que d’élever des murs ! Et tous ensemble, demandons que vous exigiez de nous de parcourir les routes de la fraternité. A savoir : construire des ponts."

2. Pape "patron" rassembleur. On attendait aussi les propos de François à l’égard de l’Eglise qui l’accueillait. Il ne s’est pas départi de sa ligne critique pour des clercs tentés de s’accrocher à des privilèges mais n’a pas évoqué les potentielles divergences avec un clergé traditionnel tenté par un certain traditionalisme. "Dans notre vie de prêtres et de consacrés, il peut y avoir souvent la tentation de rester, par crainte ou par commodité, un peu enfermés sur nous-mêmes et sur nos milieux", a dit le Pape, qui a appelé le clergé et les religieux à être disponibles. "L’Evangile, livre vivant de la miséricorde de Dieu, qui est lu et relu continuellement, a encore des pages blanches à la fin." Que les serviteurs de l’Eglise peuvent compléter…

3. Pape pacificateur. On attendait aussi la réaction papale après l’odieux assassinat du père Hamel. François a expliqué que le "saint prêtre qui est mort au moment où il offrait une prière pour toute l’Eglise" est la victime d’une "guerre fragmentée". "Quand je parle de guerre, c’est une guerre d’intérêts, d’argent, de ressources, pas de religion. Toutes les religions veulent la paix, ce sont les autres qui veulent la guerre", a dit le Pape. "Depuis longtemps, le monde est en guerre fragmentaire. Il y a eu celle de 1914, celle de 1939-1945, et maintenant celle-ci. Elle n’est peut-être pas organique, mais organisée."


Des jeunes pèlerins belges sensibilisés au vivre ensemble

Comparé, par exemple, à la présence française - ils étaient plus de trente mille… - la participation des jeunes chrétiens belges aux Journées mondiales de la jeunesse peut sembler minimale. Mais la qualité dépassa bien la quantité, d’autant plus que pas moins de six évêques de l’ensemble du pays, l’archevêque de Malines-Bruxelles, Mgr Jozef De Kesel en tête, ont participé au pèlerinage. En outre, moult jeunes Belges étaient intégrés aux mouvements nouveaux.

Des catéchèses très appréciées

Selon les participants belges, les catéchèses proposées par nos évêques et celles d’évêques de contrées parfois lointaines les ont singulièrement nourris spirituellement. Avec cette "Belgian touch" qui veut qu’on ne se prenne pas au sérieux. Cela a permis aux jeunes Belges de vivre des moments intenses tout au long de leur progression vers Cracovie. Avec des temps forts dans les paroisses où ils ont été accueillis. Une belle manière de s’immerger dans la réalité catholique polonaise quotidienne qui garde un grand attachement au passé. Et qui s’exprime par un folklore à découvrir au second degré. Un autre moment inoubliable a eu lieu le 26 juillet lorsque l’ensemble des jeunes pèlerins se sont retrouvés à l’église Saint-Joseph au cœur de Cracovie. Une belle réplique commune aux prophètes de malheur qui annoncent un éloignement toujours croissant entre néerlandophones et francophones dans notre pays. Au contraire, ils ont vibré à l’unisson de leur foi tout comme, de par la coexistence fraternelle qui existe déjà chez nous, ils ont mis en avant les joies d’un meilleur vivre ensemble œcuménique et surtout interreligieux.

Les JMJistes ont aussi eu l’occasion de visiter des lieux de mémoire lourdement chargés d’émotions comme les camps d’Auschwitz et de Majdanek : que ce soient les jeunes de la Communauté de l’Emmanuel ou le groupe officiel francophone, tous ont vécu ces moments jusqu’au fond de leur être. Ils se retrouveront le 23 septembre et sans nul doute lors des prochaines JMJ qui se tiendront à Panama City en 2019…