Francophonie : boycotter Kinshasa ?

Marie-France Cros Publié le - Mis à jour le

International

La massive fraude électorale organisée en faveur du pouvoir à l’occasion des scrutins législatif et présidentiel du 28 novembre 2011 au Congo a déclenché une campagne contre la tenue à Kinshasa, du 12 au 14 octobre prochains, du 14e sommet de la Francophonie.

Au mois de mai dernier, l’UDPS, le parti de l’opposant Etienne Tshisekedi - dont on ignore s’il a vraiment perdu l’élection - lançait une pétition pour exiger l’annulation du sommet dans la capitale congolaise en raison du "coup d’Etat " électoral qui avait permis le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, et sa délocalisation "dans un pays respectueux des droits humains ". Et l’UDPS de rappeler que le sommet de novembre 1991, prévu à Kinshasa, avait déjà dû être délocalisé à Paris en raison du déficit de démocratie et des violations des Droits de l’homme perpétrés par le régime Mobutu.

Ces sommets, organisés tous les deux ans depuis 1986 et ouverts d’abord aux seuls pays francophones ou partiellement francophones, se sont ensuite élargis aux lusophones. Si le quatorzième était bien organisé à Kinshasa, ce serait une première pour l’Afrique centrale.

Le régime de Kinshasa espère clairement en obtenir l’occasion d’y redorer son blason, sérieusement terni par le fiasco électoral, la répression des protestations (33 morts au moins selon l’Onu) et l’échec du pouvoir à empêcher un retour de la guerre à l’est : le régime s’efforce de confondre la tenue du sommet avec un soutien tacite à la reconduction de Joseph Kabila. Si, juridiquement, la reconnaissance internationale d’un Président n’existe pas, la tenue du sommet à Kinshasa effacerait la désastreuse image de la prestation de serment de Joseph Kabila, le 20 décembre 2011, en présence d’un seul de ses pairs - les autres s’étant fait excuser - le Zimbabwéen Robert Mugabe.

En Belgique, le Premier ministre Elio Di Rupo (PS) n’a encore pris aucune décision, a-t-il fait savoir cette semaine. "Tout cela fait l’objet d’intenses attentions" , a-t-il dit à Belga. Le même week-end d’octobre, il est vrai, se tiendront les élections communales belges, auxquelles M. Di Rupo est candidat - tout comme le ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte (PS), et le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders (MR).

Ce dernier a cependant déclaré à plusieurs reprises qu’il était "disponible si le Premier ministre était empêché de mener la délégation belge au sommet de la Francophonie ". Ce qui pourrait soulever une nouvelle polémique en Belgique, le ministre libéral ayant annoncé le 2 mai qu’il n’irait pas à l’Euro de foot en Ukraine à cause du manque de respect des droits de l’opposante Ioulia Tymochenko, alors qu’il compte apparemment agir différemment avec le Congo.

En France, le président François Hollande (PS) n’a pas encore pris de décision non plus. Le 9 juillet, cependant, après qu’il eut reçu Abdou Diouf, le président de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), pour évoquer le sommet de Kinshasa, l’Elysée a indiqué à l’AFP que les autorités congolaises devaient "démontrer leur réelle volonté de promouvoir la démocratie et l’Etat de droit" .

Certaines ONG françaises ont lancé une campagne en faveur du boycott de Kinshasa. Comme ACAT (Association contre la torture) qui, sous le slogan : "Pas de Hollande pour le Congo", rappelle que celui-ci "risquait d’être instrumentalisé et de servir de légitimation à un régime de plus en plus isolé ". Régime qui, rappelle ACAT, a pourtant signé en 2000 la "Déclaration de Bamako" qui engage ses signataires à tenir des élections libres, fiables et transparentes, à mener une vie politique apaisée, à respecter les Droits de l’homme et l’Etat de droit.

Il n’en fallait pas plus pour que s’accroissent les rumeurs de délocalisation du sommet. Un "plan B " existerait pour le tenir à Maurice, tandis que des sources proches de l’OIF glissent à des journalistes, ici et là, que si le sommet était maintenu au Congo, on risquerait "que les chefs d’Etat invités ne viennent pas tous ".

Du coup, Kinshasa affirme, par presse interposée, être prête à accueillir les quelque 3 000 invités à prévoir dans "5 000 chambres d’hôtel" de "trois et cinq étoiles ". La réhabilitation et la construction des chambres ainsi répertoriées, non achevées, seraient en voie de l’être d’ici octobre, est-il ajouté.

Certains cercles congolais pro-gouvernementaux laissent entendre que le Congo pourrait boycotter l’OIF s’il était boycotté par celle-ci, évoquant même un retrait de tous les pays voisins, voire africains, si "l’Afrique centrale" était ainsi boycottée.

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