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C’est un jeune homme de 26 ans, à la voix douce et posée, qui réfléchit avant de répondre aux questions, toujours avec calme. Il y a quatre ans et demi, avec quelques amis, ce jeune licencié en gestion a fondé à Goma (Nord-Kivu, est du Congo) - "qui a vu passer toutes les rébellions depuis 1996" et souffre "comme le reste du Congo, d’un manque criant d’infrastructures" - le mouvement citoyen Lucha (Lutte pour le changement). Une lutte "pour la dignité humaine et la justice sociale", "pour que les jeunes puissent exprimer leur idéal pour l’avenir et y travailler. Parce qu’il ne suffit pas de se plaindre : nous sommes aussi responsables de notre situation si nous ne faisons rien pour y remédier".

Dix-sept mois de prison sans procès

Le jeune homme a déjà souffert pour cet idéal. Le 15 mars 2015, il est arrêté lors d’une conférence à Kinshasa sur l’engagement citoyen des jeunes. Deux mois plus tôt, le pouvoir a été surpris par d’importantes protestations contre ses projets en vue de maintenir le président Kabila au pouvoir au-delà du terme de son mandat, ce 19 décembre. Et quatre mois plus tôt, une révolte de citoyens a renversé le dictateur Blaise Compaoré, qui avait les mêmes projets, au Burkina Faso - dont viennent quelques-uns des orateurs. Une trentaine personnes sont arrêtées; elles seront libérées - sauf Fred Bauma et Yves Makwambala, un informaticien de l’ONG Filimbi.

Tous deux resteront incarcérés sans jugement durant 17 mois - avant d’être mis en liberté provisoire le 29 août dernier après des pressions nationales et extérieures sur le gouvernement de Kinshasa. "Mais nous restons accusés - c’est comme une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes - d’atteinte à la sûreté de l’Etat et tentative de renversement d’un pouvoir légalement établi."

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