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Le nombre de migrants ayant rejoint illégalement l'Europe par les trois grandes "routes migratoires" maritimes classiques s'est réduit en 2017 de 60% par rapport à l'année précédente, avec la quasi-fermeture de la route des Balkans occidentaux et une nette diminution des flux migratoires en Méditerranée orientale et centrale. 

Une forte hausse a toutefois été observée dans la partie occidentale de cette mer, entre le Maghreb et l'Espagne, a indiqué mardi l'agence européenne des frontières, Frontex, dans son rapport annuel. Le nombre total de 204.718 cas de "détections de traversée illégale" enregistrés aux frontières extérieures de l'Union européenne représente une baisse de 60% par rapport aux 511.046 cas recensés en 2016, a affirmé le directeur exécutif de Frontex, Fabrice Leggeri, lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

Minimum historique en quatre ans

C'est un minimum historique en quatre ans, mais qui ne signifie pas un retour à la situation d'avant 2014, quand les chiffres annuels oscillaient entre 72.000 et 141.000 détections, selon l'Agence européenne de garde-côtes et de garde-frontières. Le record absolu avait été atteint en 2015, avec 1,8 million de franchissements illégaux de frontière.

Le rapport, intitulé "Analyse des risques pour 2018" montre que ce sont les routes de la Méditerranée orientale et des Balkans occidentaux qui ont enregistré le plus important recul d'arrivées de migrants, avec respectivement 42.305 arrivées en provenance de Syrie, d'Irak et d'Afghanistan l'an dernier (contre 182.277 en 2016) et 12.178 (contre 130.261 l'année précédente).

"Les autorités turques sont très actives" pour faire appliquer le pacte migratoire conclu en mars 2016 entre les vingt-huit pays de l'UE et Ankara, a souligné M. Leggeri, tout en notant la présence en Turquie de réseaux criminels dont certains se livrent au trafic des êtres humains et en appelant à la "vigilance".

Des milliers de migrants restent bloqués en Libye

La route de la Méditerranée centrale, entre la Libye et l'Italie, a elle aussi connu une baisse du nombre d'arrivées, à 118.992 l'an dernier, contre 181.376 en 2016, soit une baisse de 34%, particulièrement sensible à partir du mois de juillet.

Mais des milliers de migrants sont bloqués en Libye - un pays plongé dans une guerre civile -, souvent victimes de passeurs sans scrupules et en dépit des efforts des Nations unies, qui tentent, par le biais de l'Organisation internationale pour les Migrations (OIM), de rapatrier certains dans leur pays d'origine ou de les transférer vers un pays tiers.

Pour répondre à cette évolution, Frontex a lancé le 1er février une nouvelle opération destinée à secourir les migrants en Méditerranée et aussi à réprimer efficacement les activités des passeurs, trafiquants et combattants.

Baptisée "Themis", elle remplace l'opération "Triton" qui avait été engagée en 2014 pour venir en aide à l'Italie, destination de milliers de migrants.

La zone opérationnelle de Themis est la Méditerranée centrale et couvre les routes maritimes utilisés par les migrants venant d'Algérie, de Tunisie, de Libye, d'Egypte, de Turquie et d'Albanie, selon M. Leggeri.

Forte augmentation en Espagne entre 2016 et 2017

Par contraste, la route de Méditerranée occidentale a pour sa part enregistré plus qu'un doublement du nombre de détections en 2017, à 23.143, dépassant le record de 9.990 établi l'année précédente.

L'Espagne est désormais "sous forte pression" avec un nombre de migrants qui a augmenté de 9.990 en 2016 à 23.143 l'an dernier, en provenance du Maroc, d'Algérie et de Côte d'Ivoire, a souligné M. Leggeri.

Le rapport mentionne aussi une baisse du nombre de "refus d'entrée" aux frontières terrestres, maritimes et aériennes de l'UE, à 183.549 l'an dernier, soit 15% de moins que l'année précédente.

En ce qui concerne les retours effectifs au pays - de personnes ne remplissant pas les conditions d'une demande d'asile ou n'ayant pas bénéficié d statut de protection subsidiaire -, ils ont été réduits de 14% en 2017, à 151.398 "retours effectifs", pour 279.215 décisions de retour prononcées.

Frontex a apporté son assistance pour plus de 14.000 retours (soit 9% du total) mais en hausse de 33% par rapport à 2016.