GB : le piège tendu du référendum

Cameron organisera en 2017 le référendum promis sur le maintien de son pays dans l'Union européenne.

Olivier le Bussy
GB : le piège tendu du référendum
©afp

Jusqu'à jeudi, le référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne était de ces questions auxquelles on se promet de réfléchir quand elles se poseront vraiment. Suite à la victoire indiscutable de David Cameron - qui avait promis en 2013 d'organiser ce référendum en 2017 s'il était réélu - les autres Etats membres et les institutions de l'Union savent désormais qu'il faut plancher sur le sujet. Et sérieusement, pour éviter qu'il débouche sur un Brexit, une sortie du Royaume-Uni de l'UE. que chacun souhaite éviter.

"Tout le monde est embêté, mais pas au même degré, pour les mêmes raisons", observe Vivien Pertusot, de l'Institut français de relations internationales (Ifri). "Pour l'Irlande, un Brexit serait la promesse d'un désastre économique", pointe-il. "Les Néerlandais, les alliés les plus naturels des Britanniques, seront partagés entre le souci de ménager les intérêts de Londres, mais aussi les leurs, qui passent par l'intégration de la zone euro. Ils pourraient, comme les pays nordiques, être tentés de faire des concessions, ou de faire traîner les négociations dans des domaines qui gênent les Britanniques." La France et l'Allemagne vont devoir se positionner. Pieter Cleppe, du think tank britannique Open Europe, assure que "l'Allemagne tient à ce que le Royaume-Uni reste, pour ne pas se retrouver seule face aux Français et aux Italiens". La France, "il faut voir", mais Paris "préfère pouvoir compter sur le Royaume-Uni pour la coopération militaire".

Personne dans l'Union n'est cependant disposé à payer n'importe quel prix. La Commission a résumé l'avis général vendredi, et tracé une ligne rouge. "Les quatre libertés fondamentales (libre circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services), ne sont pas négociables", a averti son porte-parole Margaritis Schinas.

Cameron devra "vendre" ses succès aux Britanniques

David Cameron lui-même se retrouve face à un fameux défi. Il privilégie le maintien de son pays dans l'UE, à condition que ses partenaires européens accèdent à ses desiderata. "Avant, il pouvait se contenter d'être flou", rappelle Vivien Pertusot. "Maintenant, il a un référendum à préparer et des demandes de réformes concrètes à présenter." Pour Nathalie Brack, spécialiste des questions européennes et du Royaume-Uni à l'Université libre de Bruxelles, "il semble possible de discuter de l'application de la législation secondaire liée aux droits des migrants intra-européens, notamment aux droits sociaux". Par ailleurs, avant d'avoir rien demandé, David Cameron peut déjà se féliciter que la nouvelle Commission affiche une volonté claire de "mieux" (lisez "moins") légiférer. Ensuite, Londres, qui veut réformer le budget européen, compte profiter de la révision mi-parcours du budget 2014-2020. Enfin, "Cameron voudra aussi garantir que les pays qui ne sont pas dans la zone euro ne soient pas 'discriminés' dans le Marché intérieur", complète Vivien Pertusot.

"S'il n'a rien à vendre aux Britanniques, le risque de sortie sera élevé en 2017. Dans le cas contraire, il peut gagner le référendum, d'autant qu'il y aura un fort lobby des industries britanniques pour rester dans l'UE" , juge Vivien Pertusot. Mais "cela dépendra de l''évolution de la crise dans la zone euro", complète-t-il. "Si elle persiste, les Britanniques estimeront qu'ils sont mieux dehors", approuve Pieter Cleppe. Sans oublier qu'en 2017, l'état de grâce des conservateurs se sera peut-être évaporé, et qu'il faudra compter avec la campagne des antieuropéens du Ukip et, qui sait, des conservateurs les plus eurosceptiques.

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