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Les Hereros et les Namas, peuples du sud-ouest africain, portent plainte contre l’Allemagne à New York.

Je crois que cette nation, en tant que telle, doit être annihilée”. Le général von Trotha, envoyé en août 1904 par le gouvernement allemand pour mater une rébellion dans ses colonies africaines, ne cachait pas ses intentions. Des copies de son ordre d’extermination sont exposées au musée d’Histoire de Berlin et au mémorial de la Shoa à Paris. Pourtant, le terme de “génocide” tarde à être appliqué au massacre des Herero (ou Ovaherero) et des Namas par l’Allemagne coloniale. Entre 1904 et 1908, les troupes du général von Trotha ont fusillé, déporté et poussé à la famine près de 100 000 d’entre eux, femmes et enfants compris. En 1908, il ne restait plus que 20 % de la population Herero originale.

Le travail de mémoire n’a commencé que dans les années 90 en Allemagne. Ce n’est qu’en juillet 2015, que le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a reconnu pour publiquement un “génocide”. Depuis, les gouvernements allemand et namibien travaillent à la rédaction d’une lettre d’excuse.

Les réparations

Les négociations achoppent toujours sur la question des compensations financières. L’Allemagne estime en faire assez avec l’aide au développement qu’elle verse à la Namibie depuis son indépendance de l’Afrique du Sud en 1990. Lors d’une conférence de presse à Berlin, en décembre dernier, Vekuii Rukoro, chef du peuple Herero s’était insurgé contre ce refus de payer. Une “insulte” disait-il, alors que Tziganes et Juifs ont reçu des réparations après la Seconde Guerre mondiale (Libre Belgique 15 décembre). Maintenant, Vekuii Rukoro et David Frederick, présidents de l’Association des autorités traditionnelles des Namas, ainsi que l’Association aux Etat-Unis du génocide herero ont déposé le 5 janvier un recours en action collective contre l’Allemagne devant la Cour fédéral de New-York. Ils réclament des dommages pour “l’horrible génocide” mais aussi pour la spoliation des terres par les colons. 

Plus d’un tiers des terres cultivables avaient été prises aux indigènes, sans jamais leur être restituées. Les représentants des Hereros et Namas demandent aussi aux juges “d’enjoindre” l’Allemagne et la Namibie à les associer aux discussions les concernant, au nom de la déclaration des Nations-Unies sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Leur crainte est que la création de fondations ou d’infrastructures, proposées par l’Allemagne dans les négociations en cours, ne bénéficient pas vraiment aux descendants des victimes. Quelles sont les chances de succès de cette nouvelle procédure ? Minces mais pas nulles. 

En 2004, 2006 et 2007, les Cours des districts de Columbia et du New Jersey avaient rejeté les demandes de réparation déposées par les Herero et Namas contre la Deutsche Bank et SAFMarine (ex-Wörmann Line) qui avaient bénéficiés de l’esclavage des populations. Les juges rejetaient le bien fondé de ces plaintes. Depuis, la situation a toutefois changé. L’Allemagne a en quelque sorte ouvert la boîte de Pandore en reconnaissant en juin 2016 le génocide des Arméniens par la Turquie en 1915-1916. Une boîte qui concerne aussi les colonisations françaises, britanniques ou belges.

Les négociations achoppent toujours sur la question des compensations financières.