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Georges Schoeters, considéré comme l’un des fondateurs du Front de Libération du Québec (FLQ), un mouvement violent revendiquant, dans les années 60, l’indépendance de la province canadienne, avait été réformé de l’armée belge pour des raisons médicales en 1951.

Le Centre de Documentation historique de la Défense a, en effet, retrouvé la "fiche matriculaire" de cet Anversois, né le 22 avril 1930, dont l’itinéraire étonnant a été raconté dans les colonnes de "La Libre Belgique" les 4 et 5 janvier derniers.

La fiche confirme ce qu’on savait déjà, à savoir que le jeune Belge portait le nom de sa mère, Madeleine Schoeters, et que son père était de nationalité étrangère. Mais elle révèle aussi que Schoeters, astreint à un service militaire de douze mois, a été réformé pour des raisons médicales.

Schoeters (alors domicilié à Ixelles, au 56, rue de la Longue Haie) s’est présenté le 3 janvier 1951 au Petit Château, le centre de sélection des futurs miliciens. Il a été envoyé en observation à l’hôpital militaire de Bruxelles qui l’a déclaré inapte au service militaire, "définitivement", le 12 janvier.

Celui qui a affirmé au Québec s’être battu dans la résistance belge pendant la Seconde Guerre mondiale, sans jamais pouvoir être reconnu comme tel après la guerre, n’a donc pas fait son service militaire en Belgique.

Cette information est intéressante, car la littérature sur l’histoire du FLQ le présente comme le logisticien, voire comme l’artificier du groupe qui allait commettre plusieurs attentats à partir des années 60. On peut donc supposer que les capacités militaires de Schoeters ont été acquises lorsque le révolutionnaire belge s’est déplacé à Cuba, puis chez les Fedayins en Tunisie et en Algérie, au cours de divers séjours entre 1959 et 1962.

Sans réelle attache en Belgique, désireux de refaire sa vie, Schoeters avait émigré au Canada en 1951. Il s’est radicalisé au Québec, fasciné par Fidel Castro et Che Guevara.

Les historiens de la Défense nationale doutent que Schoeters ait pu faire partie de la résistance belge, même s’il existe quelques cas de jeunes adolescents qui ont été reconnus par la suite comme résistants. "On tombe régulièrement sur des cas de gens qui ont raconté des histoires", nous dit un historien militaire. "Vu l’âge de Schoeters pendant la guerre et sa réforme médicale, j’ai de forts doutes." Par ailleurs, les archives de la Witte Brigade à Anvers et du Groupe G, duquel Schoeters se revendiquait, ne contiennent pas de références au jeune Anversois.

Alors, Schoeters s’est-il bâti un mythe personnel pour épater ses collègues révolutionnaires québécois ? C’est possible.

Le chanoine François Houtart, qui l’a connu dans les années cinquante, n’exclut pas cette hypothèse. "Il avait certainement besoin de compensation en termes de reconnaissance sociale. Mais on ne peut exclure totalement quelques actions de transmission" pendant la seconde guerre, réagit François Houtart. Ce mystère-là demeure.