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Ne pas "intervenir à tort et à travers": l'affaire Darmanin a continué mercredi de susciter des fractures au sein des Républicains, le président du parti Laurent Wauquiez réitérant publiquement son appel à la démission de Darmanin, visé par une plainte pour viol.

"On n'est pas obligé non plus, lorsqu'on est un dirigeant politique comme l'est Laurent Wauquiez aujourd'hui, d'intervenir à tort et à travers sur tous les sujets", a sévèrement tancé mercredi à l'antenne de France Inter le président du Conseil national de LR, Jean Leonetti, appelant ses troupes au "calme" et à "la pudeur".

"Nous qui avons dénoncé en son temps le lynchage médiatique de nos candidats (dont François Fillon, ndlr), on devrait avoir un peu de pudeur et ne pas se mettre dans la situation dans laquelle on demande la démission", a estimé le maire d'Antibes-Juan-les-Pins.

Première vice-présidente du parti, Virginie Calmels a elle aussi pris ses distances. "Je crois profondément à la présomption d'innocence, c'est important que dans notre République, la présomption d'innocence ne soit pas bafouée", a-t-elle déclaré mercredi sur le plateau de LCI.

Pour elle, "si les faits étaient avérés, ce serait d'une extrême gravité mais proférer des allégations mensongères peut être aussi d'une extrême gravité". La première adjointe d'Alain Juppé à Bordeaux a rappelé qu'en l'occurrence, elle n'était "ni juge, ni procureur". "Je laisse la justice travailler", a-t-elle résumé.

'Voix isolée'

Aussi prudent que la veille, le président du groupe LR à l'Assemblée Christian Jacob a répété sur France Info que "Gérald Darmanin, en son âme et conscience, avec le président de la République, (devait) prendre cette décision". Plus généralement, "ce n'est pas à l'opposition de décider de la composition du gouvernement", a-t-il avancé.

La présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse, principale opposante interne à Laurent Wauquiez, a également pris ses distances avec le président du parti lors d'un déplacement commun avec lui mercredi dans le Val-d'Oise. "C'est l'honneur d'un homme. C'est la parole d'une femme. La justice doit trancher. Vite. Laissons la sereinement faire son travail!", a-t-elle déclaré, sans évoquer la démission du ministre.

Le maire de Nice Christian Estrosi, dont l'absence au dernier Conseil national LR a été remarquée, a qualifié l'appel à la démission de "démarche totalement pitoyable", affirmant sur Public Sénat faire "confiance à la justice (et) à Gérald Darmanin". Plus tranchant, il a rappelé que "les mêmes qui demandent sa démission sont ceux qui n'ont pas demandé celle de François Fillon lorsqu'il a été mis en examen au moment de la campagne présidentielle".

Lundi, le parti Les Républicains avait appelé à la démission du ministre par la voix de ses porte-parole, un appel confirmé mardi comme la "position officielle" du parti par l'entourage de Laurent Wauquiez. Depuis, plusieurs cadres, dont des proches du nouveau président de la formation politique, ont défendu une position contraire.

Ancien membre, comme M. Darmanin, des Républicains, Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances, a jugé sur RTL "irresponsable" la demande de M. Wauquiez. "Ce n'est pas à l'honneur des Républicains. Heureusement, c'est une voix isolée parmi les Républicains, je vois que Eric Ciotti, Christian Jacob, Eric Woerth ont eux eu une attitude plus responsable et plus digne", a-t-il fustigé.


Darmanin "a la confiance" de Macron et Philippe

Gérald Darmanin "a la confiance" d'Emmanuel Macron et Edouard Philippe, a réaffirmé mercredi le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, interpellé sur la question du maintien dans ses fonctions du ministre des Comptes publics.

"Gérald Darmanin, le Premier ministre l'a rappelé très tôt, a la confiance du Premier ministre et la confiance du président de la République et je crois que l'ensemble des membres du gouvernement ont pu lui témoigner de leur solidarité", a déclaré M. Griveaux lors du compte-rendu du Conseil des ministres.

"La présomption d'innocence c'est la règle et ça vaut pour tout le monde, quels que soient les faits reprochés", a souligné le porte-parole.

"J'appelle l'opposition à beaucoup de retenue sur ce type de sujet", a-t-il dit, taclant au passage les désaccords au sein du parti Les Républicains sur un appel à la démission du ministre. "Sans doute y a-t-il diverses voix dans l'opposition", a-t-il glissé, citant explicitement LR.

"Je n'ai pas vocation à commenter une affaire où il y a une enquête préliminaire qui a été ouverte, dont je rappelle qu'elle est ouverte de manière automatique au regard des faits qui sont reprochés", a encore déclaré M. Griveaux, affirmant que "cette enquête (allait) se mener, de manière très sereine, de manière très apaisée, sans que nous tombions dans le tumulte, dans les accusations". "Une accusation ne vaut pas culpabilité, on l'a appris souvent par le passé", a-t-il ajouté.

Dès samedi, Matignon avait assuré à l'AFP que M. Darmanin conservait "toute la confiance" d'Edouard Philippe.