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Le régime syrien a reconquis plus de la moitié de l'enclave rebelle dans la Ghouta orientale, cible de bombardements meurtriers qui ont tué des dizaines de civils mercredi, la communauté internationale s'avérant incapable de stopper le bain de sang.

L'étau se resserre sur le dernier bastion des insurgés aux portes de Damas. Après une offensive terrestre et deux semaines de bombardements ayant tué plus de 860 civils, les forces du régime ont pris pied au coeur de l'enclave, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Soutenu par l'allié russe, Damas est déterminé à reconquérir l'intégralité de ce fief rebelle, où les quelque 400.000 habitants assiégés depuis 2013 subissent de graves pénuries de nourriture et de médicaments.

"Les forces du régime contrôlent plus de 50% de l'enclave", notamment après avoir reconquis mercredi les localités de Beit Sawa et d'Al-Achaari, dans le centre du bastion des insurgés, selon le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Les troupes poursuivent leur progression vers la grande ville de Douma et les localités dans l'ouest de l'enclave rebelle, après avoir reconquis des secteurs dans l'est et le sud-est, d'après l'OSDH.

Par ailleurs, frappes aériennes et tirs d'artillerie continuent de s'abattre sur la Ghouta, en dépit d'une trêve quotidienne de cinq heures (07H00 à 12H00 GMT) décrétée par Moscou il y a plus d'une semaine.

Au moins "62 civils, dont six enfants, ont été tués mercredi", notamment dans des frappes russes, selon un nouveau bilan de l'OSDH, précisant que ces raids dans la seule localité de Hammouriyé ont fait 18 morts.

A plusieurs reprises, l'OSDH a accusé la Russie d'avoir mené des frappes meurtrières dans la Ghouta, ce que Moscou a démenti.

A Hammouriyé, un correspondant de l'AFP a vu deux hommes au sol près d'une moto, le corps pris par les flammes d'un incendie provoqué par un raid, des secouristes tentant d'éteindre le feu. Ailleurs, un troisième homme gisait à même le sol, près d'une marre de sang.

"Apocalypse"

Le régime semble se rapprocher de son objectif, qui est de scinder l'enclave en deux, en isolant le secteur nord, où se trouve Douma, du secteur sud, selon l'OSDH.

Le scénario dans la Ghouta orientale n'est pas sans rappeler celui de 2016 à Alep (nord), où les rebelles avaient dû abandonner leur fief après un siège et des bombardements dévastateurs du régime et de Moscou.

L'offensive se poursuit alors que le Conseil de sécurité de l'ONU avait adopté fin février une résolution réclamant un cessez-le-feu de 30 jours dans toute la Syrie, qui devait permettre la livraison d'aide humanitaire et l'évacuation de blessés.

Ces dispositions sont restées quasiment sans effet et le Conseil de sécurité a tenu mercredi une réunion d'urgence à huit clos, lors de laquelle a été évoqué un possible rôle onusien pour sortir de la Ghouta des éléments "terroristes", selon des diplomates.

Les principaux groupes rebelles de l'enclave, Faylaq al-Rahmane et Jaich al-Islam, avaient proposé il y a une semaine de faire partir les jihadistes de l'ex-branche d'Al-Qaïda, qui maintiennent une présence limitée dans la Ghouta.

Selon un diplomate, un large soutien au Conseil de sécurité a été constaté mercredi à l'idée de Staffan de Mistura d'avoir des négociations à cet égard entre les groupes armés et d'autres parties, notamment la Russie, avec un rôle de facilitateur pour l'ONU.

Lors de leur réunion, les membres du Conseil de sécurité ont également réclamé de manière "unanime" qu'un nouveau convoi humanitaire prévu jeudi "parvienne bien à la Ghouta".

Aide pour 70.000 personnes

Car malgré le déluge de feu meurtrier, l'ONU prévoit d'envoyer jeudi un nouveau convoi d'aide humanitaire. Lundi, un premier convoi avait dû abréger sa mission en raison de bombardements sur Douma.

Les aides médicales et la nourriture doivent permettre de satisfaire les besoins de 70.000 personnes au total, a indiqué le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha).

Pour le convoi de jeudi, "nous ne savons pas encore combien de camions il y aura, mais ce sera le reste des aides pour 70.000 personnes" en question, a déclaré à l'AFP une porte-parole d'Ocha à Damas, Linda Tom.

"Cela comprendra les aides médicales dont le chargement n'avait pas été autorisé" dans le convoi de lundi, a-t-elle signalé.

Déclenché en 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, le conflit en Syrie s'est progressivement complexifié avec l'implication de groupes jihadistes et de puissances étrangères.

Le Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad al Hussein, a accusé le régime de planifier "l'apocalypse" en Syrie, estimant que le conflit qui a fait plus de 340.000 morts était entré dans une nouvelle "phase d'horreur".

L'ONU réclame l'application du cessez-le-feu ignoré depuis dix jours

Le Conseil de sécurité de l'ONU a réclamé mercredi l'application du cessez-le-feu exigé en Syrie et ignoré depuis dix jours, lors d'une réunion lors de laquelle a été évoqué un possible rôle onusien pour sortir de la Ghouta des éléments "terroristes", selon des diplomates. Lors de cette rencontre à huis clos, tous les membres du Conseil de sécurité ont réclamé de manière "unanime" que le nouveau convoi humanitaire prévu jeudi "parvienne bien à la Ghouta" et que de l'aide puisse être acheminée "tous les jours", a précisé un diplomate s'exprimant sous couvert d'anonymat.

Un responsable des Affaires humanitaires de l'ONU a raconté au Conseil de sécurité qu'un enfant de 8 ans avait eu de l'eau et du sucre un jour, un bol de riz un autre jour et qu'il ne savait pas ce qu'il aurait les jours suivants. Des hommes, des femmes, des enfants continuent de mourir alors que nous parlons, ont aussi dit lors de la réunion des responsables de l'ONU.

Les membres du Conseil de sécurité ont "exprimé leur préoccupation à l'égard de la situation humanitaire" et "réaffirmé leurs appels à une application" du cessez-le-feu, s'est borné à déclarer à l'issue de la rencontre l'ambassadeur néerlandais, Karel van Oosterom, président en exercice en mars du Conseil de sécurité. Pour qu'il puisse dire quelque chose, les 15 membres du Conseil s'étaient mis au préalable d'accord sur la formulation de ses quelques phrases.

"Il est urgent de poursuivre la pression sur ceux qui ont une influence sur le régime syrien", avait déclaré avant la réunion l'ambassadeur français à l'ONU, François Delattre, en évoquant la Russie et l'Iran.

Prévu par la résolution du 24 février, adoptée à l'unanimité, un exposé du secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres sur le respect de la trêve en Syrie est attendu lundi, lors d'une nouvelle réunion consacrée à ce pays et qui sera cette fois publique.

Mercredi, lors d'une liaison vidéo de Genève, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a souligné sa disponibilité à servir d'intermédiaire pour faire sortir de la Ghouta orientale des "groupes terroristes", selon une source diplomatique.

Des rebelles syriens présents dans l'enclave ont proposé il y a une semaine à l'ONU de faire partir ces groupes pour contribuer à mettre en oeuvre une trêve. Les groupes Faylaq al-Rahmane, Jaich al-Islam et Ahrar al-Cham ainsi que des représentants de la société civile ont fait part de leur engagement à "évacuer les combattants de Hayat Tahrir al Cham, du Front al-Nosra et d'Al-Qaïda ainsi que leurs proches dans un délai de 15 jours" à partir de l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu.

Selon un diplomate, un large soutien au Conseil de sécurité a été constaté mercredi à l'idée de Staffan de Mistura d'avoir des négociations à cet égard entre les groupes armés et d'autres parties, notamment la Russie, avec un rôle de facilitateur pour l'ONU.

Le responsable de l'ONU a rappelé que dans le cas d'Alep (2016), il s'était proposé pour faire sortir de la ville le groupe djihadiste Al-Nosra et leurs familles et de les accompagner vers la province d'Idleb. Il a ajouté qu'il n'oublierait jamais son impuissance à l'époque à abréger l'agonie de la ville. "Je ne veux pas que cela arrive" pour la Ghouta "et vous non plus", a dit Staffan de Mistura au Conseil de sécurité, selon la même source diplomatique.

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