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Le président français Emmanuel Macron a demandé mercredi à l'Onu "une trêve" humanitaire de 30 jours dans la Ghouta orientale, enclave rebelle à l'est de Damas où le régime syrien s'en prend "aux civils", ce que la France condamne "vigoureusement".

"La France demande une trêve dans la Ghouta orientale afin de s'assurer de l'évacuation nécessaire des civils, de la création de tous les accès humanitaires indispensables, dans les meilleurs délais", a-t-il déclaré devant la presse après un entretien avec le président du Liberia George Weah.

"La France reste pleinement engagée dans le cadre de la coalition internationale en Syrie pour lutter contre les terroristes islamistes mais ce qui se passe dans la Ghouta orientale aujourd'hui est clairement, vigoureusement condamné par la France", a poursuivi le chef de l'État français.

"Au prétexte de la lutte contre les terroristes jihadistes, le régime, avec quelques uns de ses alliés, a décidé de s'en prendre à des populations civiles et vraisemblablement à certains de ses opposants", a-t-il ajouté.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s'est entretenu mercredi avec le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, pour lui demander "une cessation immédiate des hostilités", "l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité" permettant de décréter "une trêve humanitaire de trente jours", "un mécanisme de surveillance robuste" et "la reprise du processus politique dans le cadre des Nations unies", selon un communiqué de ses services publié mercredi soir.

M. Le Drian se rendra le 27 février à Moscou pour évoquer la situation en Syrie avec son homologue russe Serguei Lavrov, précise le communiqué.

Le régime syrien mène depuis le 5 février une offensive de grande envergure sur la Ghouta, dernier fief rebelle dans la région de Damas, certainement en prélude à une opération terrestre de reconquête.

Les bombardements intensifs, à l'aviation et l'artillerie, ont fait plusieurs centaines de victimes, la plupart civiles, dont 40 pour la seule journée de mercredi, en dépit des protestations internationales.

Moscou réclame une réunion d'urgence du Conseil de sécurité

La Russie réclame la tenue jeudi d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU sur la situation dans l'enclave rebelle de la Ghouta orientale près de Damas, a déclaré mercredi l'ambassadeur russe aux Nations unies, Vassily Nebenzia. Cette réunion publique permettrait à toutes les parties "de présenter leur vision, leur compréhension de la situation et de proposer des moyens de sortir de la situation actuelle", a précisé le diplomate russe lors d'une réunion du Conseil de sécurité portant sur la Charte des Nations unies.

La Croix-Rouge réclame un accès d'urgence à un fief rebelle sous le feu du régime

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a réclamé mercredi un accès à la Ghouta orientale, un fief rebelle près de Damas sous le coup d'intenses bombardements du régime pour le quatrième jour consécutif, qui ont tué au moins 40 civils.

Devant le Conseil de sécurité, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a demandé un arrêt "immédiat" des combats dans cette région, où il a dénoncé un "enfer sur Terre".

Cette nouvelle campagne aérienne, la plus dévastatrice contre cette région depuis le début de la guerre il y a près de sept ans, a été lancée dimanche, en prélude à une offensive terrestre du régime, selon un journal proche du pouvoir de Bachar al-Assad.

Elle a coûté la vie à plus de 310 civils, dont 72 enfants et 45 femmes, et blessé plus de 1.650 autres selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Les destructions sont énormes dans cette vaste région, dont les quelque 400.000 habitants sont soumis à un siège asphyxiant du régime depuis 2013, avec des cas de malnutrition et de personnes affamées.

"Nos équipes doivent être autorisées à se rendre dans la Ghouta orientale pour porter secours aux blessés", a déclaré dans un communiqué Marianne Gasser, représentante du CICR en Syrie.

Les équipes médicales "sont incapables de faire face à ce grand nombre de blessés et il n'y a pas dans la région suffisamment de médicaments et de matériel médical", selon Mme Gasser.

Mercredi, de nouvelles frappes ont tué au moins 40 civils dont quatre enfants et blessé quelque 350, a précisé l'OSDH. Les raids ont ciblé plusieurs localités, principalement Hammouriyé et Kfar Batna. Outre des bombes, les avions ont largué des barils d'explosifs, une arme qui tue de manière aveugle.

"Creuser sa tombe"

Plusieurs hôpitaux ont notamment été touchés par les frappes.

"Le régime prétend viser des groupes armés (...) mais en vérité il ne vise que les civils !", s'est insurgé Ahmed Abdelghani, un médecin qui travaille dans les hôpitaux de Hammouriyé et Arbine qui ont été bombardés.

"Ici, c'est un hôpital civil (...) Pourquoi le régime nous vise-il ?", a-t-il ajouté.

"Nous tentons d'évacuer des dizaines de blessés et de les transférer vers d'autres hôpitaux mais nous n'avons pas encore pu sortir en raison de l'intensité des bombardements", a indiqué à l'AFP Bakr Abou Ibrahim, un médecin de l'hôpital de Saqba, touché lundi et mercredi par des raids.

"Nous nous cachons dans des cimetières. C'est comme si on creusait notre tombe avant même de mourir", raconte de son côté Amal al-Wouhaibi, une habitante de Douma.

L'OSDH a affirmé, tout comme que le groupe islamiste Jaich al-Islam, l'une des deux formations rebelles dans la région, que l'aviation de la Russie, alliée du régime, avait participé mercredi aux raids. Mais Moscou a démenti.

Selon le quotidien syrien Al-Watan, les frappes "sont un prélude à une opération d'envergure (terrestre), laquelle peut commencer à tout moment".

Le régime cherche à reprendre la Ghouta orientale, d'où les rebelles tirent des obus sur la capitale. Dix-huit personnes ont ainsi été blessées mercredi à Damas par des tirs d'obus, selon l'agence officielle Sana.

Avant la Ghouta orientale, dernier bastion contrôlé par les insurgés près de Damas, plusieurs zones rebelles, comme la vieille ville de Homs en 2012 ou Alep en 2016, ont été écrasées par des bombardements et un siège étouffant pour forcer les combattants anti-régime à déposer les armes et les civils à fuir.

Impuissance

Déclenché le 15 mars 2011, le conflit en Syrie a fait plus de 340.000 morts. Après avoir d'abord opposé les rebelles au régime, il s'est complexifié avec l'implication de groupes jihadistes et de puissances étrangères.

Grâce à l'intervention militaire en 2015 de la Russie, le régime Assad, qui était en mauvaise posture, a réussi à reprendre le contrôle de plus de la moitié du territoire.

Les frappes du régime sur la Ghouta ont repris malgré les protestations de la communauté internationale qui de nouveau a montré son impuissance sur le conflit.

Antonio Guterres a réclamé un arrêt "immédiat" des combats afin de permettre d'acheminer une aide humanitaire, alors que le Conseil de sécurité va être appelé dans les jours à venir à voter sur un projet de résolution imposant un cessez-le-feu d'un mois en Syrie.

En attendant, la Russie a réclamé la tenue jeudi d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité sur le sujet.

Sur un autre front de la guerre, les forces prorégime ont acheminé d'autres combattants dans la région d'Afrine (nord-ouest) pour venir en aide à une milice kurde syrienne (YPG, Unités de protection du peuple) cible depuis un mois d'une offensive militaire de la Turquie voisine.

La Turquie a affirmé qu'elle considérait comme une "cible légitime" tout groupe qui viendrait en aide aux YPG, une "organisation terroriste" selon elle.