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Guantanamo «continue de nuire gravement à la réputation des Etats-Unis». Il faut donc «démanteler» cette prison le plus vite possible d'ici à décembre 2007. Cette réflexion -que le président américain George W.Bush n'aurait pas reniée- vient d'Anne-Marie Lizin, la présidente du Sénat, dans le rapport qu'elle a transmis hier à l'Assemblée parlementaire de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Anne-Marie Lizin (PS) avait visité Guantanamo en mars, en compagnie d'Alain Grignard, le spécialiste belge de l'islam radical, et de Simon Petermann, professeur à l'Université de Liège. Elle avait tenu une conférence de presse avant même de rédiger son rapport.

Ce rapport, le voici: dix-sept pages, dont l'essentiel est une description des conditions de détention, observée sur place ou de source officielle américaine. Depuis le camp X-Ray de sinistre mémoire, Guantanamo a bien changé. Il est divisé en cinq blocs de détention qui peuvent, chacun, accueillir 48 détenus en cellules individuelles. «Une flèche peinte sur le sol indique la direction de La Mecque, écrit la sénatrice belge. Chaque détenu reçoit un exemplaire du Coran dans sa propre langue, un tapis de prière, une misbah, des draps, du savon, une tenue ainsi que des sandales.»

L'appel à la prière est annoncé cinq fois par jour par haut-parleur. Les gardiens -qui seraient copieusement injuriés par les détenus- ne peuvent communiquer avec eux qu'avec des gestes. Parmi les 440 détenus de Guantanamo, sept sont considérés comme dangereux. «Parmi ceux-ci se trouvent notamment un membre d'al Qaeda spécialiste de la formation dans la fabrication d'explosifs» et d'autres «qui ont mis au point un prototype d'engin explosif adapté aux chaussures pour détruire les avions, ainsi qu'une mine magnétique pour attaquer les navires», écrit MmeLizin.

La présidente du Sénat belge suggère aux Américains de mieux partager avec les alliés les renseignements collectés à Guantanamo et à la communauté internationale, de penser à redéfinir, sur le plan juridique, la notion de «combattant» dès lors qu'un pays comme les Etats-Unis s'estime «en guerre» contre le terrorisme.

Washington a décidé

Ce n'est évidemment par un rapport à l'OSCE qui va influencer la position américaine. L'administration Bush a déjà décidé de fermer Guantanamo. Son problème est comment.

La décision de la Cour suprême américaine, jeudi, sur l'illégalité des tribunaux de Guantanamo oblige à cet égard Washington à revoir comment juger les détenus qui ne seraient pas transférés dans leur pays d'origine. Entre 40 et 80 détenus devraient être traduits en justice.

© La Libre Belgique 2006