Hans-Joachim Klein, terroriste repenti

MARCEL LINDEN Publié le - Mis à jour le

International

CORRESPONDANT À BONN

Joschka Fischer n'est pas la première personnalité politique qu'entend le tribunal de Francfort dans le cadre du procès de Hans-Joachim Klein. Le député européen vert Daniel Cohn-Bendit a été interrogé l'année dernière.

Klein, Cohn-Bendit et Fischer ont participé pendant les années70 à des manifestations à Francfort contre la guerre du Vietnam, l'impérialisme américain, la chasse aux terroristes de la Fraction armée rouge (RAF). L'opinion publique allemande a pardonné à son ministre des Affaires étrangères ses «erreurs de jeunesse», mais les révélations récentes dans les médias ont accru la pression pour que M.Fischer, à tout le moins, s'explique plus franchement sur son passé de militant de la gauche radicale. Le président du tribunal de Francfort, Heinrich Gehrke, avait tenu à relever au début du procès Klein qu'il s'agissait de faire la lumière sur l'attentat de Vienne et non pas de mener un «colloque historique».

Certes, après un quart de siècle, les intervenants ont changé; Hans-Joachim Klein est un terroriste repenti, mais, a insisté le président, pour meurtre il n'y a pas de prescription. A Vienne en 1975, ont été tués un policier autrichien en civil, un garde du corps irakien et un membre de la délégation libyenne.

UN «PAUVRE GARS»

Celui qu'on appelait «Klein-Klein»

(ce qui correspond à «menu fretin» en français) a toujours été un pauvre gars plus ou moins exploité par plus fort que lui. Né en1947, sa mère s'est suicidée un an plus tard et jusqu'à son remariage, son père, un policier décrit comme brutal, l'a mis dans un orphelinat, où il est retourné après avoir été rossé.

Incapable de terminer sa période de formation, cet «ouvrier» en rupture de ban a fréquenté les prétendus révolutionnaires d'après68. Le suicide de Holger Meins, membre de la RAF, mort en prison en1974 des suites d'une grève de la faim, l'a poussé à quitter la légalité. Quand les «Revolutionäre Zellen» (RZ, les cellules révolutionnaires, mouvement concurrent de la RAF, alliée au Front de libération du peuple palestinien) lui ont demandé de participer à l'attentat de Vienne, il a accepté. Grièvement blessé au ventre d'une balle perdue tirée par un policier, il a accompagné le commando dans l'avion qui a emmené 35 otages à Alger, où l'affaire a été dénouée.

Ensuite, Hans-Joachim Klein s'est caché pendant 20ans en France, où il était soutenu financièrement par Daniel Cohn-Bendit, le philosophe André Glucksmann et d'autres intellectuels français. Le 8 septembre 1998, depuis longtemps observé par le service secret allemand, il a été arrêté par la police de son pays-hôte à Sainte-Honorine en Normandie.

Dany-le-rouge a défendu son «ami» devant les juges de Francfort. Il a dit considérer comme une «défaite personnelle» le fait que l'accusé soit passé du côté des terroristes. Homme à la fois «tendre et serviable, violent et radical», il aurait trouvé un «foyer» dans les cellules révolutionnaires et en même temps il aurait été manipulé par les chefs de l'organisation. L'eurodéputé Cohn-Bendit a même fondu en larmes lors de sa comparution. Ces accès de sentimentalisme ne facilitent pas le travail des juges en quête de la vérité sur l'attentat de Vienne.

© La Libre Belgique 2001

MARCEL LINDEN

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