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ENTRETIEN

La compagne de a été, il y a 25 ans, violée et assassinée par un serial killer. Depuis, l'homme se consacre à l'étude de ce type particulier de criminel. Analyste au Centre international de sciences criminelles et pénales (CISCP) à Paris, il a organisé en 1998 le premier colloque international sur ce thème, rassemblant les plus grands enquêteurs et profilers du monde entier. Libraire, journaliste, il dirige aux éditions Méréal une collection consacrée aux tueurs en série et est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages sur le sujet.

{Q.}A quel profil répond Harold Shipman? De quel type de tueur en série s'agit-il?

{R.}Il s'agit sans conteste d'un tueur organisé ou tueur psychopathe, pour reprendre la nomenclature faite par le FBI. Ses crimes sont prémédités, ses victimes sont choisies, le moment du meurtre est programmé et l'acte répond à un mode opératoire constant. Les tueurs organisés représentent environ 90pc des tueurs en série, les autres étant les tueurs psychotiques, qui sont des fous qui tuent parce qu'ils entendent des voix dans leur tête. Shipman lui n'est pas fou. Il était d'ailleurs considéré comme un excellent médecin.

{Q.}Ce type de tueur répond en général à des pulsions sexuelles. Ce n'est le cas du Dr{Q.} Shipman

{R.}Effectivement. Mais le crime sexuel peut être commis sans qu'il y ait acte sexuel. Il peut être seulement sublimé. Mais le sexe est rarement la motivation première du tueur en série organisé. Ce qui le pousse avant tout, c'est son désir de pouvoir et de puissance absolue. Le Dr{R.} Shipman fait partie de ces serial killers que l'on appelle les anges de la mort qui sévissent souvent en milieu hospitalier en pensant détenir le décret de vie ou de mort sur des victimes impuissantes.

{Q.}S'il n'est pas fou, quel est le dérèglement qui pourrait expliquer son comportement?

{R.}On peut peut-être trouver une explication dans son enfance. Shipman était un enfant très choyé, voire adoré par sa mère. Il était en outre très isolé, n'avait aucun camarade. Il a été, semble-t-il, extrêmement marqué par le décès de sa mère victime d'un cancer du poumon. Il avait alors 7 ans. Il a assisté pendant un mois à son agonie. Les médecins lui prescrivaient alors des injections quotidiennes de morphine. Cet événement l'a profondément traumatisé. C'est d'ailleurs à cette époque qu'il a décidé de devenir médecin. C'est sans doute l'explication.

{Q.}Harold Shipman marquera-t-il l'histoire criminelle?

{R.}Sans aucun doute, ne serait-ce que par le nombre de ses victimes même s'il y a eu un tueur plus prolifique : Pedro Lopez, un Equatorien surnommé le monstre des Andes qui a tué plus de 300 enfants. Par ailleurs, ses crimes ont amené les autorités britanniques à revoir entièrement leurs méthodes de surveillance. Et puis, bien des victimes n'auront jamais la certitude totale de sa culpabilité, notamment parce que les corps ont été incinérés.

{Q.}On a l'impression que le phénomène du tueur en série est surtout américain. Est-ce le cas?

{R.}Pas du tout. C'est un phénomène tout à fait universel. En Afrique du Sud, par exemple, pays où j'ai récemment enquêté, il y a proportionnellement plus de serial killers qu'aux Etats-Unis. Il y en a dans tous les pays du monde.

{Q.}Le cas du dépeceur de Mons, en Belgique, reste à ce jour, inexpliqué. Est-il fréquent qu'un tueur en série ne soit jamais attrapé?

{R.}Oui, c'est très fréquent. Les serial killers trouvent souvent leur plaisir en narguant les enquêteurs. Et parfois, ils y réussissent.

© La Libre Belgique 2000