International


La relation avec Moscou

Mikhail Gorbatchev, l’homme qui a séduit Kohl

Après l’avènement de Mikhail Gorbatchev, Helmut Kohl a commis une gaffe monumentale en le comparant à Josef Goebbels. Pourtant, plus tard, ils ont trouvé d’étonnantes affinités communes. Lors de la visite du Russe à Bonn en juin 1989, les deux étaient assis à minuit sur le mur du parc de la chancellerie, surplombant la promenade du Rhin. Gorbatchev, né un an après Kohl en 1931, lui a alors raconté comment la Wehrmacht avait occupé son village pendant la guerre et voulait savoir ce que Kohl avait fait en 1945. Puis l’Allemand avait parlé de la réunification. Comme le Russe y était opposé, Kohl lui dit : “Voyez ce fleuve. Il symbolise l’histoire. Tout comme il est sûr que le Rhin coule vers la mer, il est sûr que viendra la réunification du peuple allemand – et aussi l’unité européenne” (1). Gorbatchev serait resté pensif.

Autre rencontre fortunée : en juillet 1990, dans le Caucase, région natale de Mikhail Gorbatchev, les deux hommes et leurs épouses Raïssa et Hannelore font une belle promenade le long d’une rivière. Puis, à la surprise du monde entier, le secrétaire général du Parti communiste accepte l’intégration de tout le territoire allemand dans l’Otan. Dans ses mémoires (2), Kohl écrit : “Je me suis souvent demandé pourquoi le secrétaire général soviétique a pu ainsi se métamorphoser en si peu de temps” . Selon lui, le Russe savait que “je tiens parole” .

--> (1) H. Kohl “De la chute du Mur à la réunification”. Knaur, paru en 2009.

--> (2) H. Kohl “Souvenirs 1982-1990”. Droemer, paru en 2005.


Le couple franco-allemand

Le Palatin contre le Florentin

Les rapports entre François Mitterrand et Helmut Kohl étaient beaucoup moins idylliques qu’on ne le pense communément. Certes, le président socialiste est allé plaider la cause des Pershing au Bundestag, faisant honte aux sociaux-démocrates gagnés par le pacifisme. Et les deux ont scellé la réconciliation franco-allemande en se tenant par la main devant les tombes de Verdun en septembre 1984. Mais, après la chute du Mur, les deux hommes ont aussi eu beaucoup d’accrochages.

François Mitterrand exigeait que Bonn reconnaisse immédiatement la frontière Oder-Neisse avec la Pologne. Helmut Kohl en était “fâché” , dit-il dans ses mémoires; il trouvait ce “débat fantomatique” . L’Allemand accuse même le Français de pratiquer un “double jeu” et ne le trouve “pas fiable” . Le politologue Thilo Schabert a reproché au chancelier d’avoir été “rancunier” à l’égard du président : il rappelle qu’aux sommets bilatéraux de 1982 et 1984, François Mitterrand avait exhorté Helmut Kohl à œuvrer en faveur de la réunification, à laquelle l’Allemand ne croyait pas encore.


L’affaire allemande

Le scandale des caisses noires

L’affaire des caisses noires de la CDU a terni à jamais le prestige de l’ex-chancelier. Violant la loi sur le financement des partis, le président de la CDU avait reçu de personnes fortunées des dons de plusieurs millions d’euros pour le parti. Helmut Kohl a refusé d’indiquer les noms des donateurs, auxquels il avait donné sa “parole d’honneur” .

En décembre 1999, la secrétaire générale du parti, Angela Merkel, a, dans la “Frankfurter Allgemeine Zeitung”, attaqué directement le président d’honneur qui, peu après, renonça à ce titre. Helmut Kohl a ensuite reproché à Wolfgang Schäuble, à l’époque président de la CDU avant de trébucher lui aussi dans l’affaire, d’avoir fomenté le coup avec Angela Merkel. “Ils s’étaient donné le mot pour cela et chacun a joué son rôle” , a-t-il écrit dans son “Journal” (1). La “Neue Zürcher Zeitung” a vu dans cet ouvrage passionnel l’ “apologie d’un homme aigri” . Pour les observateurs, le comportement de l’ancien chancelier était d’autant plus injuste qu’il avait empêché Wolfgang Schäuble, son éternel dauphin de lui succéder à temps à la chancellerie. Helmut Kohl, dit-on, aurait été d’avis qu’un handicapé ne pouvait pas supporter le fardeau d’un chef de gouvernement…

--> (1) H. Kohl, “Mon journal 1998-2000”, Droemer, 2000.