Hollande : l’esquive

Bernard Delattre, correspondant permanent à Paris Publié le - Mis à jour le

International

Mardi, cela avait été la théorie. La déclaration de politique générale du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui fut passablement terne, d’un avis assez général. Mercredi, c’était la pratique. L’adoption, par le conseil des ministres, du correctif budgétaire pour 2012, qui prend en compte la croissance économique, plus faiblarde que prévu.

François Hollande était attendu au tournant. En effet, les socialistes ont toujours été très vagues sur la question qui fâche, par temps de crise : la réduction des dépenses publiques. Mercredi, l’Elysée a de nouveau pratiqué l’art de l’esquive. Y ont été validées moins des réductions de dépenses que des hausses de recettes. Des hausses d’impôts et de taxes, en clair.

On attendra donc l’automne pour être fixé sur l’ampleur des coupes éventuelles dans les dépenses. Quitte à faire hurler la droite, à laisser sceptiques nombre d’économistes, et à irriter les magistrats de la Cour des comptes - qui, lundi, avaient réclamé que l’effort porte également sur les dépenses.

Mais, en haut lieu, parler d’austérité ou de rigueur reste plus que jamais tabou. Mardi, dans son discours devant l’Assemblée, le chef du gouvernement avait biaisé, évoquant des "efforts" ou une "mobilisation générale". Le lendemain matin, sa ministre de la Fonction publique a osé publiquement prophétiser "un grand moment de rigueur" pour les fonctionnaires, électeurs traditionnels du PS. Dès la mi-journée, elle a dû se corriger, n’évoquant plus qu’une "méthode rigoureusement établie" pour "redresser, dans la justice, les comptes publics".

Dans un premier temps, les déficits seront donc amoindris par des hausses considérables de recettes. Ce sont elles qui assurent l’essentiel du correctif budgétaire de 7,2 milliards qui a été validé mercredi. Les dividendes distribués par les plus grandes entreprises seront taxés. La "taxe de risque systémique" imposée aux banques sera accrue, de même que celles frappant l’acquisition d’actions et les stocks des entreprises pétrolières. Les allégements de 2011 sur l’impôt sur la fortune seront abrogés. Les "niches" (exonérations) fiscales continueront à être réduites. Les droits de succession et de donation entre particuliers seront haussés. Et c’en est fini des heures supplémentaires défiscalisées, hormis dans les PME.

Quid du gel de la rémunération des fonctionnaires ? Quid des administrations dont le personnel sera réduit ? Quid d’une hausse de la cotisation sociale généralisée ? Motus, jusqu’en septembre. Ne pas fâcher les syndicats, qui, avec le patronat, sont attendus à l’Elysée pour une grande conférence sociale.

Dans l’immédiat, le gouvernement vend ce correctif budgétaire comme pesant "en priorité" sur "ceux qui en ont les moyens", épargnant "les plus modestes". C’est oublier que la fiscalisation des heures supplémentaires frappera aussi les travailleurs des couches populaires et moyennes. Qui supporteront également la répercussion, sur le prix des carburants, des efforts imposés aux entreprises pétrolières.

Publicité clickBoxBanner