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Malaise dans l’entourage présidentiel. Jeudi, sous le couvert de l’anonymat, des officiers chargés de la protection de François Hollande ont confié à des médias leurs états d’âme - entre anxiété et exaspération. La veille, l’hôte de l’Elysée n’avait pas peu innové. Fidèle à sa posture d’homme "normal" et "sobre" avec les deniers publics, il s’était rendu au sommet européen de Bruxelles en TGV, et non en avion présidentiel.

Sans que son plan de com’ ait été poussé jusqu’à voyager en seconde classe, son choix, à la dernière minute, de ce mode de transports a empêché le Groupe de sécurité de la Présidence (GSPR, qui veille sur le chef de l’Etat et sa famille) de sécuriser son train comme il l’aurait voulu. Le sommet s’étant achevé après le départ du dernier Thalys, l’hôte de l’Elysée a tout autant improvisé son retour à Paris. En voiture, sans gyrophare, et dans le respect des limitations de vitesse. Ce qui a dû le conduire au lit au petit jour.

Ces dernières semaines, déjà, le goût du Président pour les bains de foule a causé des sueurs froides à ses gardes du corps. Qui, devant les caméras, ont même été recadrés par le chef de l’Etat, pour leur attitude trop crispée envers des sympathisants croisés en rue, un peu trop démonstratifs à leur estime.

Mercredi, François Hollande a même prié un de ses "gorilles" de jouer au photographe amateur : de l’immortaliser avec le smartphone d’un admirateur rencontré sur le quai de Paris-Nord, qui rêvait d’un tel cliché. Et mardi, se dit-il, il a sidéré le protocole en faisant visiter le palais présidentiel à deux classes d’écoliers qu’il venait de croiser sur le trottoir, à sa sortie de l’Elysée. Depuis le 6 mai, du reste, sa compagne fait patienter le GSPR : tant qu’un de ses enfants n’a pas passé le bac qu’il est en train de préparer, pas question de le perturber, et donc d’emménager dans les appartements sécurisés de l’Elysée.

"Il n’a pas pris la mesure des contraintes pesant sur un chef d’Etat !", s’est effaré un officier, jeudi. "Si on continue comme ça, on va au-devant d’une catastrophe", s’est affolé un autre. "En termes de sécurité, un Président ne peut avoir une vie normale !", a sermonné l’ex-bras droit de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino. Selon qui "cela n’est ni très sérieux, ni très raisonnable, ni très professionnel".

Ni forcément économe pour le contribuable ? Une heure de vol en Falcon présidentiel coûte 5000 euros. Mais un voyage élyséen en train exige, théoriquement, l’inspection préalable, par les démineurs, de tous les ponts et tunnels situés sur le parcours, la réservation d’un wagon entier, et l’envoi à destination d’un jet, en cas de problèmes de train. Ce dernier point, néanmoins, est discutable pour des destinations comme Bruxelles, à une heure de vol de Villacoublay, l’aéroport parisien où stationne la flotte présidentielle.

Au-delà de l’anecdote, la controverse illustre le désarroi que suscite, chez les policiers, le fossé existant entre la manière dont François Hollande conçoit sa propre sécurité, et la sécurisation extrême que Nicolas Sarkozy exigeait pour lui. Sécurisation que le PS a toujours jugée "disproportionnée", et qu’il avait promis de revoir à la baisse.

Au PS, certains soupçonnent quelques hauts gradés policiers, notoirement sarkozystes, de mauvaise volonté envers les desiderata du nouveau Président. D’autant que celui-ci veut rééquilibrer, entre police et gendarmerie, la composition de la garde présidentielle. Garde que Nicolas Sarkozy avait réservée aux policiers, au détriment des gendarmes : ces militaires avec lesquels il a toujours été moins à l’aise.