International

Un bas relief a été inauguré mardi soir près de l'église de Tervuren, en l'honneur d'un Belge qui fut l'un des grands visionnaires de la construction européenne. Albert Coppé (1911-1999) a vécu ses derniers jours dans ce village très européen du Brabant flamand, mais il était né à Bruges, où ses parents et l'une de ses soeurs furent tués lors d'un bombardement britannique à la fin de la seconde guerre mondiale.

Coppé aurait pu trouver motif à revanche. Ce fils de commerçants de charbon y trouva au contraire le ferment d'un vrai désir d'Europe. Il fit partie de cette «superbe génération d'hommes politiques de l'après-guerre» qui remplaça la moitié du parlement après 1945, juge Daniel Cardon de Lichtbuer, chef d'orchestre d'une cérémonie d'hommage à Coppé qui a eu lieu au Palais des Colonies de Tervuren.

Albert Coppé fut tour à tour l'un des fondateurs du CVP/PSC, député à Bruxelles, ministre dans trois gouvernements belges, vice-Président de la Haute Autorité de la Communauté européenne du Charbon et de l'Acier et membre, avec l'autre Belge Jean Rey, de la première Commission européenne. Il fut aussi le «Dupriez » flamand, un redoutable professeur de statistiques et de conjonctures économiques à la future KUL.

Un jour, un collaborateur l'interrogea sur ce qu'il fallait faire avec ces initiatives franco-allemandes lancées par Jean Monnet. Il répondit: «Si les Français et les Allemands proposent un marché commun, ne fût-ce que de pantoufles, on ne peut pas rester dehors!». Ce fut et cela reste la pierre angulaire de la politique européenne de la Belgique.

Mardi soir, les orateurs se sont succédé à la tribune pour saluer la mémoire de celui qui signa aussi, de 1974 à 1988, près de 150 contributions à «La Libre Belgique».

L'Europe, à l'époque des pionniers, «n'était pas un compromis entre un peu de libéralisme et un peu de socialisme. L'idée européenne était transcendante», a dit le CVP Mark Eyskens. «Avec le temps, et l'effacement de cette génération, nous risquons en Europe de perdre le sens des choses. Un nouveau populisme émerge, un néoprotectionnisme apparaît, des voix se font entendre contre l'idée de l'Europe», a averti Pat Cox, le président du Mouvement européen international.

Un projet éthique

Beaucoup ont souligné le côté visionnaire de Coppé. Il fut l'un des premiers, dans une thèse universitaire en 1939 à prôner la fermeture des charbonnages en Flandre et en Wallonie.

Bien qu'économiste, influencé par Emmanuel Mounier, il appelait, pour l'Europe, un projet éthique - ce qu'on appelle aujourd'hui l'Europe des valeurs -, une mission politique et militaire. Enfin, il croyait dur comme fer - et ce fut l'ultime phrase de son dernier discours au Mouvement européen en 1998 - que «c'est à la majorité qualifiée que nous pouvons faire l'Europe, avec l'unanimité nous ne ferons jamais rien».

Européen, capable de faire des discours dans quatre langues (néerlandais, français, allemand et anglais), Coppé était aussi un chrétien-démocrate flamand attaché à un fédéralisme d'union. Et une force de la nature qui récupérait par de courtes siestes, allongé sur le sol dans son bureau.

© La Libre Belgique 2006