International

En octobre 1956, près de 200 000 Hongrois passaient librement la frontière autrichienne, fuyant l’écrasement de leur révolution par les chars russes. Près de 180 000 se rendirent en Autriche et 20 000 passèrent par la Yougoslavie.

A Eisenstadt, en Autriche, se souvient l’un de ces réfugiés, interrogé par "La Libre Belgique", toutes les Croix-Rouge d’Europe étaient présentes dans le camp. Les Hongrois, une fois identifiés, étaient envoyés directement par convois dans le pays d’accueil. "L’accueil était fantastique", dit-il.

Aujourd’hui, la Hongrie est le pays européen le plus hermétique à la vague de réfugiés syriens. Il a décidé mardi de prolonger son rideau de fer vers la Roumanie. D’autres pays, comme le Danemark et le Royaume-Uni, ferment leurs portes à tout système de quotas. Les Européens sont divisés.

En 1956, a déclaré lundi à Bruxelles le Haut-commissaire des Nations unies aux Réfugiés (HCR) Antonio Guterres, "il n’y avait pas (d’accords) de Schengen, même pas d’Union européenne et il y a eu un programme massif de réimplantation. Le programme européen dura moins de trois semaines".

Aujourd’hui, "soit l’Europe est capable d’agir collectivement, soit elle deviendra insignifiante sur le plan des affaires internationales", a averti lors d’une conférence de presse l’ancien Premier ministre socialiste portugais.

4 000 réfugiés par jour en Grèce

Car le temps presse et le flux des réfugiés ne tarit pas. Selon le Haut-Commissaire, environ 4 000 arrivent chaque jour en Grèce, et entre 500 et 1 000 via l’Italie. Sur la voie des Balkans, la plupart viennent de Syrie - 83 % selon le HCR -, plus des Afghans ou des Pakistanais. Sur la route menant aux côtes italiennes, il y a davantage de migrants économiques, venus d’Afrique.

Pour António Guterres, trois raisons expliquent ce mouvement massif de population qui a débuté au cours de l’été. La première est qu’après cinq ans de guerre en Syrie, les réfugiés "ont perdu tout espoir de rentrer à la maison". La deuxième est que les conditions d’accueil se sont détériorées dans les trois pays voisins (Turquie, Jordanie, Liban) qui ont absorbé l’essentiel des quatre millions de Syriens réfugiés à l’étranger. La troisième est que l’aide internationale a diminué en 2015 au point qu’une organisation comme le Programme alimentaire mondial (PAM) a dû baisser son soutien nutritionnel de 40 %.

Au Liban, nous explique Matthew Hollingworth, directeur du PAM à Damas, "nous donnions auparavant un bon de 30 dollars par mois à chaque famille. A cause du manque de soutien, la valeur de ce bon a été ramenée à 13 dollars".

Un plan B

Voilà pourquoi António Guterres appelle les Européens à se ressaisir, à adopter "un plan B" et à installer en Italie et en Grèce des centres d’accueil ("hotspots" dans le jargon européen) pour faire le tri des réfugiés et les dispatcher dans les pays d’accueil. Comme en 1956.