Hongrie: jouer au plus fort

Christine Dupré Publié le - Mis à jour le

International Envoyée spéciale à Budapest

Viktor Orban a longtemps cru qu’en pleine crise de la zone euro, l’Union européenne se refuserait à créer une crise supplémentaire en s’en prenant à ses méthodes de gouvernement de la Hongrie.

Mais, alors que les premières conclusions de la Commission tombent à propos sur la situation démocratique à Budapest, la situation financière du pays se détériore. La Hongrie voit sa dette publique culminer à plus de 82 % de son PIB. Et sans l’apport des fonds de pension nationalisés, le déficit budgétaire tournerait autour de 4 ou 5 % du PIB. Les taux d’intérêt fixés à 10 % pour les obligations empêchent celles-ci de trouver preneurs sur les marchés et donc de financer la dette. Et le forint, la monnaie nationale, a perdu 20 % par rapport à l’euro dans les derniers mois de 2011.

Bref, la Hongrie aura bien besoin d’un nouveau crédit de 20 milliards d’euros de la part du FMI. Et, après avoir bravé l’institution financière, le Premier ministre conservateur et populiste Viktor Orban a annoncé en début de semaine que la négociation avec l’équipe de Christine Lagarde "se ferait sans condition préalable" de la part de son pays.

Le FMI, qui, soulignent ironiquement plusieurs intellectuels hongrois "n’a pas pour habitude d’intervenir dans les questions de démocratie interne des pays", a, lui, demandé au gouvernement hongrois de rendre à la Cour Constitutionnelle ses pouvoirs en matière fiscale et économique, des pouvoirs supprimés par la nouvelle "loi fondamentale" (Constitution), entrée en vigueur avec l’année nouvelle.

Le gouvernement Orban et le Parlement, contrôlé aux deux tiers par le Fidesz, sont sommés aussi de restaurer l’indépendance de la Banque nationale et celle du conseil de supervision budgétaire. Les deux institutions sont aujourd’hui chapeautées par le pouvoir politique.

Les premières conclusions de la Commission devraient aller dans le même sens. Zoltan Kovacs, secrétaire d’Etat chargé de la Communication a indiqué que "ces requêtes seraient étudiées avec sérieux et professionnalisme".

D’autres personnes du Fidesz ont admis qu’Orban n’avait guère d’autre choix que de faire des concessions sur ces questions, s’il voulait éviter à la Hongrie une débâcle financière.

Andras Vertès, PDG de GKI, société hongroise d’analyse de la confiance des milieux d’affaires et des consommateurs européens, juge cependant que la situation de l’économie réelle de son pays (production industrielle, commerce extérieur) n’est pas si mauvaise. "Le nœud du problème, dit-il, est que le cadre législatif pour les affaires peut changer en trois heures, le temps pour la majorité Fidesz de changer une loi au Parlement". Exemple : "la Hongrie a comme beaucoup d’autres commencé de taxer les banques, mais en prenant 60 % de leurs bénéfices. De plus, cet impôt prélevé au départ à titre "exceptionnel" pendant un an a été reconduit pour 2, puis pour 6 ans. C’est inacceptable pour les milieux d’affaires !"

Andras Vertès reconnaît que le capital étranger pèse plus lourd en Hongrie qu’ailleurs en Europe Centrale. Que les banques, suisses, autrichiennes, allemandes ont amassé des fortunes en octroyant à plus de trois millions de gens des crédits en devises étrangères. Ce que les gouvernements de droite et de gauche ont laissé faire. "Le gouvernement FIDESZ devait faire quelque chose pour renflouer les finances de l’Etat. Mais là où des experts auraient pu mettre en place un système taxant intelligemment les banques, Orban a procédé d’une manière radicale et non professionnelle !".

Aujourd’hui, les banques ne prêtent plus ni aux entreprises, ni aux particuliers. L’activité stagne et le chômage augmente. La "flat tax", impôt unique fixé à 16 % a diminué les rentrées d’argent dans les caisses de l’Etat. Elle n’a profité qu’aux 25 % des Hongrois les mieux rémunérés, qui remercient aujourd’hui le gouvernement en plaçant leur argent à l’étranger. "On ne s’en rend guère compte à Budapest, mais un tiers de mes concitoyens vivent sous le seuil de pauvreté", a écrit Vincze Szabo, jeune doctorant en économie. Pour lui, la Hongrie d’Orban est le fruit des politiques libérales des vingt dernières années : faibles impôts, faibles salaires, essor de la consommation à crédit, endettement de l’Etat, corruption, mécontentement des citoyens et attrait du populisme.

Comme Szabo, nombre d’opposants au Premier ministre pensent que si leur pays inquiète les Européens, c’est parce que ceux-ci craignent de voir le "modèle" faire des petits sur tout le continent.

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