Hongrie: Le parti de Viktor Orban aspire l'électorat d'extrême droite
- Publié le 03-02-2017 à 10h41
- Mis à jour le 03-02-2017 à 10h44
Les organisateurs annonçaient deux cent cinquante miliciens. Ils étaient en réalité une trentaine tout au plus samedi matin, transis de froid dans leurs uniformes noirs, vestes bombers, rangers et casquettes. Ils avaient donné rendez-vous à la presse au début des collines encore enneigées du sud de Buda, dans l'indifférence générale d'un quartier résidentiel cossu.
"Ils font quoi ces gens ?", interroge une femme d'une soixantaine d'années en marge du rassemblement : c'est la Magyar Garda (la Garde hongroise) qui tente un baroud d'honneur. "Aïe aïe aïe, non mais c'est pas possible…", soupire-t-elle, secouant la tête, surprise et dégoûtée.
Un leader plus assez radical
Les Gardistak, ou plutôt ce qu'il en reste, sont là pour réclamer la tête de Gabor Vona, le président du parti d'extrême droite Jobbik. Coupable de se "gauchiser", il est devenu pour eux "indigne de porter la veste de la Garda", explique Norbert Silip, l'un de leurs leaders, à des journalistes narquois.
Mais où sont donc passées les fières milices qui étaient apparues l'année 2007 pour "protéger spirituellement la nation", intimider les Roms dans les villages et parader lors des grandes occasions jusqu'au cœur de Budapest ? Le Premier ministre Viktor Orban les avait déclarées illégales à son arrivée au pouvoir, mais elles parvenaient à ressurgir, de façon très sporadique, sous des noms et des uniformes remaniés.
C'est habillé aux couleurs de la "Garda" que le leader du jeune parti, Gabor Vona, avait fait son entrée au Parlement, au printemps 2010, en faisant ce serment : jamais il ne trahirait la cause, jamais son mouvement ne deviendrait un parti comme les autres. Pourtant, ses hommes ne le reconnaissent plus aujourd'hui. Qu'il déclare s'opposer à toute discrimination sur la base de l'ethnie ou de l'orientation sexuelle avait commencé à susciter le trouble. Qu'il souhaite une heureuse Hanouka aux Juifs de Hongrie et reconnaisse son droit à Israël d'exister leur avait été insupportable. Et voilà à présent qu'il affirme qu'une fois au pouvoir il ne s'opposerait pas à la construction de mosquées en Hongrie !
Le scrutin de 2018 dans le viseur
Face au Fidesz qui s'en prend sans relâche à l'Union européenne, à la globalisation et aux migrants, qui applaudit Donald Trump et soutient Vladimir Poutine, l'extrême droite traditionnelle est battue sur son propre terrain. Le Jobbik cherche donc sa place et s'engouffre dans les failles de la gouvernance du Fidesz : corruption, santé et éducation notamment. Gabor Vona veut pouvoir se présenter aux élections législatives en 2018 comme le seul recours à Viktor Orban, qu'il accuse, lui aussi, de dérive autocrate.
Certains des cadres les plus virulents ont été mis à pied par la direction du Jobbik qui cherche maintenant à se rapprocher d'intellectuels de gauche pour parler éducation, culture et intégration des Roms. Mais cette stratégie de normalisation ne s'avère pas payante, en tout cas à ce jour. Elle crée de fortes tensions en interne, jusqu'à risquer une scission du parti.
Dans le bus au retour, un groupe d'étudiants étrangers se demande qui est cet homme qui vient de monter, dans l'accoutrement inquiétant et loufoque de la Garda. Ils reviennent du Szoborpark, où l'on a parqué les statues communistes déboulonnées dans les années 90.
Le long de la route, des grands panneaux assènent les nouveaux messages du gouvernement : "L'économie est en croissance !", "Les salaires augmentent !"… Ils côtoient d'autres affiches grotesques montrant Gabor Vona aux côtés de l'ancien Premier ministre socialiste et d'un clown. Elles sont l'œuvre du Forum de l'Unité civile (CÖF), une ONG pro-gouvernementale spécialisée dans le dénigrement des adversaires du Fidesz.
Les extrémistes du Jobbik semblent donc avoir été durablement marginalisés par les populistes du Fidesz qui ratissent du centre jusqu'à l'extrême droite.