Hongrie: le vent de la contestation souffle plus fort sur Orban
L'opposition n'est plus seulement de gauche. À droite aussi, il y a des déçus du Fidesz.
- Publié le 18-11-2014 à 21h17
- Mis à jour le 19-11-2014 à 11h00

Des milliers de personnes massées sur la grande place Kossuth pour réclamer la tête du gouvernement, des policiers antiémeute pour protéger le Parlement. Lundi soir à Budapest, la scène avait un goût de déjà-vu : celui des partisans de Viktor Orbán réclamant la démission du Premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsány, qu'ils obtinrent au printemps 2009, après deux années et demie de bras de fer. Mais cette fois c'est Viktor Orbán et son parti conservateur, le Fidesz, qui sont visés.
M. Orbán avait promis de faire le ménage après huit années de gestion socialiste-libérale marquée par de nombreux scandales de corruption et d'enrichissement personnel. Et voilà son administration à son tour traînée dans la boue dans les médias (locaux et internationaux) depuis que les Etats-Unis ont interdit de territoire six personnes, dont la directrice du fisc hongrois, suspectées d'avoir tenté de corrompre des entreprises américaines.
Les sévères critiques émanant des Etats-Unis ont donné des ailes aux opposants du gouvernement. Ils étaient 20 000, lundi, avec pour maître de cérémonie "le lanceur d'alerte" András Horváth, l'employé du fisc hongrois qui avait révélé en novembre 2013 un vaste système d'évasion fiscale en place déjà sous les gouvernements précédents. "Takarodj ! Elkúrtad !" ("Dégage, t'as merdé") : la presse hongroise ne manque pas de noter que les slogans entendus sont ceux qui ont eu raison du précédent Premier ministre.
Las de l'arrogance du Fidesz
Il s'est produit un tournant dans "l'orbánisme" : le mécontentement s'est propagé dans la population, y compris à droite. Ainsi Benedek, jeune entrepreneur partisan du Fidesz qui témoigne : "Je sens que la rhétorique du gouvernement s'affaiblit, je vois que le peuple en a marre de sa communication arrogante et marre de vivre en révolution perpétuelle." Hajnalka, 30 ans, pro-Fidesz elle aussi se rend compte que "les gens n'en peuvent plus de la propagande du gouvernement à la télé" . C'est bien le règne sans partage de Viktor Orbán - grâce à sa supermajorité parlementaire des 2/3 - qui crée la frustration.
Malgré des bons résultats macroéconomiques et des mesures à la fois courageuses, populaires et populistes - notamment la baisse des prix de l'énergie et le sauvetage des endettés en franc suisse, arrachés à de puissantes entreprises - l'image du gouvernement est aujourd'hui celle d'un régime oligarchique et corrompu. Il y a eu les attributions tronquées des terres agricoles puis des licences de bureaux de tabacs à des sympathisants. Il y a surtout l'arrogance de la jeune garde du Fidesz qui se distingue par son goût pour l'immobilier de luxe.
Le Fidesz a pour lui la légitimité des urnes
Ce n'est pas la première tempête que doit affronter M. Orbán. Lors de l'entrée en vigueur d'une nouvelle Constitution en janvier 2012, la contestation en Hongrie et à l'international avait conduit CNN à extrapoler sur une possible révolution de palais à Budapest. Il en faudra plus pour faire vaciller le Fidesz qui reste très légitime au pouvoir après avoir largement remporté les élections législatives, européennes et municipales cette année.
Contre l'avis de M. Orbán lui-même, ses soutiens envisagent de montrer les muscles avec une manifestation massive : "une marche de la paix", comme il y en a eu plusieurs par le passé. Ce serait alors une vague de partisans qui déferlerait sur la capitale hongroise. Mais le Fidesz va devoir compter désormais avec cette contestation qui gagne du terrain pour mener à bien ses projets : parmi eux, réduire encore le peu qu'il reste d'aide sociale.